mercredi 16 mai 2018

A paraitre !








À paraître - et en souscription / prévente, aux Éditions le Bréchet , mon livre : les Thèses Inconnues .


Pour en savoir plus :


editionslebrechet.blogspot.com



( d'autres parutions, en revue, se dessinent )



lundi 27 avril 2015

autoportrait du promeneur en phasme










Un phasme sur un miroir de sucre craquelé
par le feu d'amour qui allume les étoiles
il imite tant l'image qui l'imite que
de cette beauté sans limites il —
éclate -  et tout vivant il meurs
et dans cette mort il persiste
— et en morceaux porte la lumière
dans les contrées privées:

Un phasme ( tous insatisfaits ) entre les réflections
il inhale les échos des reflets: saoul
grenu,  aplitique, il se tient dans un groisil de glaces
comme la clef d'étain d'un amour éperdu:

ni flamme ni chaos: il se souvient: il se souvient: il se souvient:
il frotte tendrement le broillis des images enclavées

        "car on est joué
        roué
        lentement lentement
        par l'ombre-d'en-dessous
        qui divise la baie
        des ronciers,
        ceux-là dont les grains
        mûrs prolongent mûrir,
        au lieu où nous les avions goûtés,
        pétris, à même sa lèvre
        dans sa parole
        pour en sucer les vins"
        ( affirme-t-on: on absente )

il se souvient : des images, de leur vide:
des images, de leur plein — et leurs joies !
il est là comme à l'envers de lui-même
il se souvient: des images et de leur vide:
des images, de leur plein: il se souvient: il est —

        il est — plage déserte à en devenir grève.
        l'hiver passant à n'en pas finir d'être été
        annelé de sables avec les feuilles des algues
        en-dessous
        - où s'affaissa son pas et son genou.
        Orphée ayant posé son luth au seuil de la tombe hésitante
        entre les signes gravés sur les ventres des nuits et des vents
        pour en pincer le jour —
        Elle —  a bu le roux âcre,  liqueur d'ancêtres
        chagrin et  beauté des buées  —
        Ainsi Orphée s'est tû. Entre
        les ventres des vents. Balbutiant
        une rose tendue, mâchant la crinière
        de ses vers, pour savoir.

il est — phasme et tous gémissent à l'assaut de
ses feuilles, pour la gloire des pétioles, tous !
pour un salut, ou pour une guerre, désaxés enfin  —

Il lutte ( c'est un phasme entre les miroirs
entre les reflets, il boit l'écho, aspire l'éther )
ni emphase ni faille
ni paille ni brûlure
il lutte  du même mot que golfes et rias
tendrement je crois et moi aussi
furieux autant que lune en ses stalles de bois
pour des guerres chères, adorables guerres futures
tout ordre enfin banni:

loin des anciens masques des comédiens de la Cité
de la Déesse au regard d'ambre qui crie kee-ew sonore et clair:
car ils s'en sont allés adoubés par la poudre éclatante
kee-ew
             kee-ew
évidés répandus - une lézarde entre les yeux le long du nez
dans le mica au coeur des cirques creux:

Il rêve, il pense, et puis gémit sur la lamelle
écarté des rainures bonnes, il tremble
avec les dartres dont il s'éprend, il
est avec elles vacillant sur le plancher de bois
il lève l'antenne vers le miroir
où la lune une fois si profonde se fit
il pense et recommence, il se fait
il chute et se face, et puis il pense
encore une fois:

        " nous mourrons - je pense - je pense !
        jusque là, je ne lamente pas -
        d'âme plus entier que l'éclair
        ou la poire - dans ce monde étrange -
        où les branches ou les paroles s'embrouillent -
        dénudées par l'hiver - je ne
        lamente pas - je demande, oui,
        je demande ! j'adresse un son
        vers une face inconnue -  absentée -
        qui n'ose répondre qu'à une autre —
        ailleurs...
        " c'est beau !" ils disent "c'est étrange ! c'est
        émouvant !" —
        c'est bien gênant, oui ! mais
        je crie - je pense, je siffle:
        est-ce que tout est perdu ?
        suis-je — dernier ? suis-je
        seul encore à désirer m'habiter dans un corps ?
        non, je ne nierai pas la vérité !"

Or guerre et salut sont déjà repartis par un autre trou de vers
porter l'attente dans l'os de bague d'un océan ailleurs
portant ses moelles et ses chiendents:

Mais promener ( en laisse ) le monde fractionné
de son phasme
intime la nécessité d'une humilité
unique et singulière —
dont le suc s'apparente à celui d'être aimé
en d'étincelantes banalités
du dentifrice
                    au caillou du bord d'allée.
Cela, cela.
Or liras-tu jamais, amour
             dans quel pétale de la rose brûlée
             qui est: toi entière
                         chromosome
                         l'écorché
                         l'offrande retournée salée ajoutée
combien brûle du manque de ta taille nocturne
( pli de chair où mon doigt installait mon sommeil )
cela qui était homme. Cela, cela.

Pétrit pourtant en moi son pain et le temps
cette rose l'inofferte fêlée:

En tant que phasme
c'est à pleines mandibules que j'ai accueilli
la figue et le venin: le vieux psychiatre
( auteur d'ouvrages catholico-psychiatriques )
m'a engueulé: " monsieur ! vous êtes dans la jouissance
là !" le phasme accueillit le psychiatre aussi —

    les mots son je moi n'ei je qu'eux
    what else, George ? a yid iz a yid !

souvenirs d'Orphée: rose mâchée au seuil
d'un tombeau orphelin d'ossements
deux lucioles dans le fil de soie d'une toile déchirée
Orphée porte la main à sa gorge et se tait

    nage, rage, mais coupe —
    va donc, sans ami ni amie
    ta folle ascèse, et ils diront:
    Orphée est fou ! Orphée grimace
    et ne chante plus — il pleure
    et il se tait - ding ! ding ! dong !
   
"on fait ce qu'on peut, monsieur !"
rétorqua le phasme au psychiatre:
retour au qui par la déchose:

————

la question    la seule    celle d'increscence
de la chose   —  l'incessance
des violons du dire
contre lesquels je lutte tout contre
       cette indécence
       salopobscenité
de la tripe grouillante  _________
__________

par l'innocence de l'outil
le biochimique des mutations du dire
enfante pattes au lieu de l'oeil
    rédime l'oeil ( la patte ) de sa fonction
— nos péchés qui pèsent, s'amoncellent

cèlent pétale à pétale
  — le trou d'âme - qui n'en finit pas
pourtant de dégueuler    ________
____________

je me suis bel et bien damné
pour atteindre toucher râper gratter brailler
la chose sans nom  — qu'importe laquelle:
réactivent mes archets, que j'en veux pas,
viraux, dévoreurs des pierres langées — c'est bien l'enfer
dans un autre décorum        ___________
________

ah résigner d'un coup tout pouvoir
d'être. échouer enfin: alors serait-il possible,
sous autre autres terres autres cieux de
marcher — aimer — quelqu'un
tiendra le rôle de l'oiseau d'une rive à l'autre
du fleuve de lait fort       célébrant
la beauté d'un oeil semblable à la patte d'un poisson  _________
________________

d'ici là  —   l'innocence
et ses barbaques       foudroyées de mouches  ____________
______________

————

Un phasme dans la ville —
on dira: "il radote !":  c'est vrai,  j'ai peu à dire.... peu à dire m'atteint.
J'objecte que je le dis dans la langue de chacun.
Je redis donc:
Je nais ailleurs que là où mon corps a paru —
comme font à peu près de leur poche de feuilles reinettes et crapauds
aux gorges desquels passionnément tremblent les vins de leur empire humide .

Je l'ai murmuré de rage, coupant la hampe de l'herbe en deux fibules exactes
portant le chardon des minuscules  prophètes au milieu géométrique de la lèvre:
mais je veux
à voix haute le dire je
le redis simplement, à voix ample, à voix forte:

moi aussi je suis de ce temps
je lis de mauvais journaux aux comptoirs
je me bourre de café faute d'argent pour l'alcool
je drague une serveuse capverdienne
je souffre par la beauté de certaines femmes -
surtout celles dont les regards indifférents
me rappellent que la mienne n'a plus assez qui les fasse rêver.
Je nais ailleurs que là où mon corps a paru  ¬— moi aussi,
ne suis-je pas, après tout, comme chacun, un homme:

je ne suis pas seul: parfois j'en croise qui me croisent
leurs longues antennes vertes bataillant contre l'écho
leurs petites pattes agrippés aux sables de la réalité
vrillants à contre-sens dans le mastic
vers l'infinissable déflagration d'où naît sans cesse ce qui naît
petits d'astres
agrippés aux sables de la réalité
petites femmes
agrippées aux sables de la réalité
petits phasmes
aux sables de la réalité
et pour eux pour nous
la terre tremble, elle est vivante, immensément: o ces mosaïques
coulissement nappes sur nappes, la flue sous ses aumées  —
hisse à l'encontre des jet-streams vers les cellules du ciel: glisse, sourd, roule, martelle, lève: ils cinglent, les masques-filets, ils emplissent ! tessons, éclats, débris, pelotes, déchets de la forge - une grande surrection ! tout gronde, grogne, déferle, s'affole, et ce trou, au masque -  un vrai trou de bouche - il me jugerait ce monde: oh t'en vas de là ! Passent les figures de nos temps ! Elles sombrent, allez, lucioles au clair. Culbutons toutes chairs, d'un coup seul là dans les chauds: nos viandes processionaires le long des mornes tourneront les cent pas entre les mangroves des flammes.
A quoi ai-je vendu mon grelot ( ici un mot manquant dans le récit ) en fin de compte ? Car j'ai payé pour la putasse, bravement bataillé la glaise: mais c'est pas assez, jamais, non, ni d'en haut ni d'en bas: pauvres pauvres coeurs psychopathes, pauvres tympans dont les mailles déchirées dérivent entre les discours bés des poissons froids: ce fut la même guerre, de l'esprit et du sang, gyres sans fins de nos soleils et de nos mers: les contes à tout refaire ! Atroce ! mais quelle issue ? Atroce — et nulle issue !
Et voici pourtant, je sens bien, vie, que je te quitterai à regret: tu es tenace: trop ! Une tique ! Tuez-les tous !
Et bien soit ! Je tuerai ! Mais moi, au moins, moi ! que je ne meurs pas !
Car je suis beau !

O Margarita ! indénommé dos, souffle détouré, où par-là erres-tu, maintenant, chevelue et pieds-nus, de l'Atlas à l'Oural, forets sombres, forets blanches, dans les vents et les neiges, et les Iles Minoennes, et les Steppes de l'Est )

Je ne suis pas seul: agrippés contre les vents à quelque granulat de la réalité, eux aussi eûssent tenté d'emmener la clarté des regards dans les fonds de vins. C'est atavisme: l'atavisme des Marrons, des bagnards, des déportés de toujours et partout,  qui, à peine échappés, peinent à éprouver la saveur, plus vite enfuie, de la liberté...
- C'est atroce, puisque c'est vrai ! "- Atroce est Vrai !" confirme l'Edenté, en déchiquetant, d'un ongle, une raffle.
Nous fermons donc les yeux, c'est aussi atavisme, celui des poussières et des siècles, des négligences, des échappées. Atroce ou vrai, qui sait si la Vérité ne surgirait pas de là justement, au tournant de deux instants au passage des Métamorphoses, où justement nous ne l'attendons pas ?  Si nous ne l'attendons pas nous la manquerons; mais si nous l'attendons, serait-elle vérité ?
Nous la manquerons donc, voués à cela - et puis quoi ? l'erreur est humaine - faute de vrai, de bien ou de vertu,  soyons entre nous, frères humains: puisque d'ailleurs: virevolte du métal sur les iridophores de la truite truite;  pétale vermillon virant andrinople: cuticule d'un ongle; papillon voilette de poudre, Osiris: sang sur céruse céruse; clochette d'une goutte ensachant les élytres d'Erle — sont cela aussi: atroces mais vrais:

Je nais ailleurs que là où mon corps a paru
mais je n'ai jamais désiré que
le clair - le clair qui grouille dans son ombre:

C'est ainsi que j'approche
à la porte d'Une femme:
presqu'au fond du couloir d'un immeuble
banal, juste avant celle de la douche commune
j'arrive
mes multiples mains retournées —
vers l'intérieur qui m'attend:

C'est vrai, cela aussi je veux le dire:
je viens vers toi, Une femme
avec confiance mais aussi avec crainte
angoisse des mâles, désarroi des femelles:
que l'outil paradoxal faillisse
à l'impossible mission:
comment de cette chair se bâtirait le clair
comment ouvririons-nous, chacun de notre bord
ensemble, les fougères de nos ombres
et le clair - le gravir - et les porter aussi
ses ombres:

Cela se fit - très simplement:
andouiller turbinant un mollusque
vagin en bas ruminant une bite:
puis alors un charme de gypse qui advint:
plaques et feuillets, pressés, obliques, pèlent entre les terres:
panicules s'outrent d'air tiède, panicules fouillis
aux épillets qui vibrent dans les fourches des brises:
corps et corps, glumes et glumelles, nos vignes étrangères, nous les
avons, point touchés et point touchés: cousu coupons à nos champs:
elle fut légère la rivière de tes bras entre les graviers clairs:
toi Avocette, pyipyille, bascule d'une aile à effleurer les cosses
moi en Héron dur rhirâle la bonté: et nous avons
allés, nos gorges rondaient de l'appel des grenouilles - nous avons: nous, toi et moi:
un homme est un homme et une femme est une femme
la fougère grandissait dessus notre berceau
de clairière à clairière jusqu'à l'appel des noms à l'angle de tes yeux:
nous avons oui tu es belle, si belle, mon amour !

Ainsi, un homme, je viens vers toi, une femme:
le monde tissé dans l'horloge des mirages
d'un seul coup je plonge comme un caillou
en son centre
toutes mémoires convoquées
par la fenêtre ouverte de tes yeux:

D'un coup, au centre du monde, coupons de mirages
je plonge comme une pierre:

lentement, avec d'infinies précautions
rampant sur une brindille
un phasme déploie sa fausse feuille d'automne
les ailes pour se sauver
nervure, tremblote, nervure, nerfs
entrecroises d'infime, craignant l'ouvert
et le reste, collant au rite, il progresse
s'épanche, exprime son droit
ses jargons polyglottes, il processionne
masqué, hoquetant une némésis
rumeur longue de ses mines
mimant le cahin-caha, prêt pour la vérité, s'exprime
une fois de plus, flétrit le décor, le faux
corrige, déplie ses propres fresques
de suprafins cordages, s'étiole au croisement
il est craignant, et tout d'une seule flamme
installe chacune des siennes sur le vide des tiennes
toile de rayons de ta vision
entre ta paupière humectée et ton nu-d'oeil
nous ré-instaure, fervent et tremblotant
face à

————

Brisures dans le cirque entre les doigts de la poussière dans le cirque comme le pain du sacrifice dans la nef d'une cathédrale vitraillée de
couleurs
micas fendus dans les micas des flammes de la lune des errantes et vives comètes aux tresses de glace et de mica
loin des anciens des dieux brigands
brisures entre les doigts des prêtres dans les nefs mitraillées de
couleurs — de couleurs — de couleurs — de couleurs —

Et tous dans les reflets insatisfaits
dans l'emphase dénudée des gestes aux belvédères
semis d'images et brismasques
gémissants pour un salut ou une guerre enfin désaxés
désaxés — désaxés — désaxés —

Pétrit pourtant en moi son pain et le temps
cette rose l'inofferte fêlée. Là
s'entrouvre l'indit,   joué à pile et phasme
l'âme la voyage,  sont ces grains.. qui chahutent
dans les pré.. les boxons.. les pollens.. par air.. ou par lumière:
ah c'est bien d'amour que je trèsparle
de cet amour qui cimente l'aujourd'hui.

    ... guerre, salut -
    partis
    trou-de-vers
    attente
    attente
    un os
    de bague
    o l'océan
    portant ailleurs
    ailleurs
    les moelles, les sangs
 —

    une fois dit tout dit à ce poker phasmeux:
    les jeux sont faits, 
phasmes des hasards
    faites vos 
phasmes, rien ne va plus









lundi 20 avril 2015

Leurs talons dans les champs assourdis

Leurs talons dans les champs assourdis
choquant les couvercles des grottes

la poussière pâtonnée sous leurs pas
inhume des foudres dans les charbons de bois:

chaque pas élève et  replie les lins
éphods de pâtes sur l' épaule des pins:

trente moins quelques jours d'années
chacun pour soi songe et murmure:

"Qui aurait pu vivre là ?"
" Qui l'oserait que nous ? "
"Ramper sous les dalles de pierre ?"
" Chanter, chanter, dans les saillies des ombres !"
" Auberge rouge des charbons !"

Leurs talons cloquent, et ils invoquent
drapés de ruisseaux filandreux, filoches de perles noires.

Or voici de la terre la plus simple
l'aubade de leurs doigts fourchus:

Et rôde et plane dans les secrets du monde: 
taupins, chrysomèles, hannetons, collemboles.

Le temps les ronge et le temps est vaincu:
Ni chiffre ni message mais le charbon bleui:

" Qui pourrait vivre là ? "
" Qu'est-ce qui nous tisse là ?"
"  Est-ce toi, est-ce moi ?"
" Mais qu'est-ce que ça qui nous là ?"
" Quoi nous écrit nous ça ? "