mercredi 10 juin 2015

deux petites narrations


 ( deux petites narrations ( extrait de --- ) )



L'armée des soldats de terre salue le char funéraire:
L'allée des animaux conduit à la nécropole.
On reconnaît l'hippopotame, la girafe, le lion, le python, l'aigle, le griffon, le garuda, le dragon.
Les ossements blancs précèdent la chambre des tombes.
Aucun voleur n'a jamais osé violer l'obscurité des lieux; aux os fins d'un poignet, ma soeur me désigna un bracelet d'or incrusté de pierres rouges. Ce sont des femmes, elle a dit, et j'ai reconstitué l'agonie des servantes.
Des signes trop anciens pour nos mémoires.
Ceux-ci ont tant aimé la guerre, qu'ils la voulurent pour l'éternité.
Dans un coin, le minuscule squelette d'un singe, encore vêtu de sa tunique noire et or.
Nous étions fatigués, moi et ma soeur. Nous avions froids, nous étions écoeurés maintenant.
Je sais qu'elle aurait aimé parler, mais je ne voulais pas l'entendre.
Je songeais à des populations inconnues, d'un seul coup envolées de l'autre côté de la perception.
Mais ceux-ci ne connaissent que l'épée et les routes.
Ils ont fendu un sillon d'échec pour l'humanité.
Il a fallu sortir. De la baie d'un arbuste, j'ai frictionné les gencives de ma soeur.
Plus tard, devant la maison où nous avions loué une chambre, un enfant nous a servi, dans une minuscule tasse de terre, un thé noir et amer.
Toute la nuit j'ai gardé les yeux ouverts dans la faible lumière des étoiles,
et quand l'aube lacteuse est venue animer les formes, je me suis assoupi.




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Une autre fois, j'ai habité à cheval.
C'était une plaine immense, brûlée par le soleil et le gel.
J'avais sur la tête un casque très plat.
Tôt le matin, levant le camp, nous laissions derrière nous l'odeur du lard passé,
du crottin et des cendres de feu.
Je me nourrissais d'oignons crus, de lait de jument.
J'aimais: trotter autour des chariots ( femmes et enfants ), fier,
parfois galoper loin de la troupe et des bruits,
devant ou sur les bords,
dans cette plaine qui ne s'achève pas.

Nous détruisions en chemin quelques villages.
C'était simple comme le chat sous la tente, près du poêle.
Idiots éventrés, paysans pendus aux crochets de leurs boucheries.
Quelquefois, je pris une femme en croupe.
Puis, plus tard, je la laissais, forme vacillante, émouvante,
dans la vastité des collines. Je la regardais en partant.

Nous nous heurtions comme une vague, aux murailles des villes,
partout nous incendions, églises, animaux.
Nous avons essayé de ne rien oublier.
Un art gracile nous accueillait,
beau comme un rêve de vierge,
les plombs et les ors des fresques fondaient à la chaleur de mes torches:
ah ! c'était beau !

Mais j'ai dû abattre mon cheval.
A l'instant de lui porter le coup, il s'est débattu,
je me suis couché sur lui, je lui ai mordu l'oreille,
c'est à l'échine que je l'ai frappé.
Il n'est pas mort tout de suite:
il s'est relevé en tremblant, je l'ai frappé et refrappé,
il hurlait, ses pattes splendides battaient dans l'air, vers moi,
il m'envoyait des jets de salive sur le visage, la poitrine, les bras.
Qui n'a pas tué ignore le plaisir.

J'en ai gracié une, qui m'a montré le poing, et son nom: Yi.

Un matin, je l'ai frotté
à la rosée glacée qui blanchissait les herbes,
tout le jour elle a couru, nue et folle
à côté du chariot. Le soir,
elle m'a frappé des poings, je l'ai
jeté sous la tente, je l'ai gardé
pour servante et pour femme.






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