lundi 18 mai 2015

Quand le vent unique







Quand le vent unique quand il se fait multiple —
à l'affront des hautes petites branches
quatre lèvres deviennent deux elles mâchent
elles parlent ce qu'elles taisent
elles fondent le sceau dedans son encre.

Partie à l'oreille de toutes —
toi - avec les serpents - évanouie au fond de la route des pluies
sinueuse, serpentine,
alors moi aussi
par là
me suis tendu - en vain:

une dent pour rogner la corde
en vain: seulement encore
entendre
ce qui là vient - de là à là, tant le silence
tendu qu'il lui croit des lèvres pour baiser la parole -
la tienne, si trahissante qu'à la tienne pourrie:

"- Maudit les mots de n'être pas musique
maudits les sons de n'être pas harpège des corps
maudits les corps d'être traitres au diapason des mots"
j'ai crié - on absente - signé: on absente.


***


Vraie Lilith, fausse vivante, combien
m'as tu trahis. Combien
bandellé dans les straps de ta langue brutalement ennemie,
tortilleuses fumerolles gluantes dans les bas-côtés chuintant
qui d'un coup ont bondi pour mordre en ta bouche les eaux claires
de ta gencive fraiche et l'infecter de marécages fétides:

à ce jeu sans puissance, vrai que
sans force tu fis de moi ton intime complice
plus aisément encore qu'entre tes cuisses
se dirigeait la tendresse de mon vouloir

puisque soudain ensorcelleuse ensorcellée
tu ne fis rien que changer bien pour mal, plaisir pour douleur
selon ce piteux sortilège impuissant de beauté:
depuis lors de vouloir je n'ai plus que celui d'endurer
- durcir - entends le à ton plaisir s'il t'en reste - mon supplice
puisque lui encore m'enjoint en toi de jouir
faute de toi, faute de nous, faute de joie.

Quatre lèvres qui sont deux
mêlant la langue souple et la dent dure —
quoi - rien - elles soufflent - ainsi souffle le vent —
quand il se fait multiple
à l'affront des hautes petites branches —
de loin le vent sur les marais d'ici.

Beaux marais de ces temps sueur de mes landes,
soufflez, soufflez encore, vent, soufflez, pluies
langues, soleils !
soufflez, montez, évaporez, allez !

***


Puis c'est la plage, la même, une autre -
puis c'est la plage, la même, une autre -
déserte à en devenir grève -
déserte à en devenir grève -
Où l'hiver passe - il grince dans ses gonds de vent -
à n'en pas finir de ne pas être été.

L'hivers bagué de sables
l'hivers bagué de sables
aux fossettes des algues -
l'encercle où s'affaissa son pas
son pas et son genou.

Orphée a posé son luth au seuil de la tombe hésitante
entre les signes gravés sur les ventres des nuits et des vents
pour en pincer le jour —
Elle — a bu le roux âcre, liqueur d'ancètres
chagrin, beauté des buées —
chagrin et beauté des buées.

Orphée s'est tû. Entre
les ventres des vents. Balbutiant
une rose tendue, mâchant la crinière
de ses vers, pour savoir.

( Il se tait. Orphée.
Ventres des vents.
Rose tendue. )

Rose tendue !







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