mardi 26 mai 2015

et cependant dessous la tente




et cependant dessous la tente
les rossignols les tiens hantent de fluides les sucs les tiens
le vent s'est renversé comme la corolle d'une fleur impétueuse
immense dessus la canadienne que j'ai planté
à l'arrivée hier au soir à l'orée mais claire d'un bois
comme d'au seuil d'une caverne rituelle
pour notre halte
c'est là que le tendre air qui vibre s'est fait frais de bleuets

là mon ongle a conçu  sur ton ventre des ponts et des routes
ou bien c'était sur ton épaule chaussée de tes chairs
alors que vacillaient boutons et chandelles
puis qu'indulgente battait comme un pissenlit imbécile
sur la toile de l'intérieur la toile de l'extérieur
- c'était l'été, une arrivée: c'qu'on s'en foutait
des toiles bien lissées ni de tentures métaphoriques !
— et fendent les bourgeons comme des éclairs fossiles
au travers de nos claies les tiens nos mains —

toi à moi pressés deux pis jumeaux
au ventre chaud d'une chevrette égarée
je m'éprouve je crois bien tout à fait comme alors

Vite, vite ! Qui disent qu'elles sont passées ? Quoi ça passées ?
Vite ! Ah ces ruchiers où les mémoires bourdonnent
peu à peu acharnées à filer affections, émotions
pour s'en nourrir pendant la saison ultérieure.
Passés ? peut-être dorment-elles affairées à rêver
touchers et naissances, esprit et fleurs-de-sel
dans l'oeil, le tien, toujours, le bel aujourd'hui ! 
où je voyais parfois te revenir après comme un fantôme
ou bien sortis vers quelque dehors populeux ceinturé haut
pour trainailler l'enquête alentours dans les grands extérieurs
embauchés par la Dame Riche Héritière au Manteau Bleu,
dont le front se couronne de tores plasmatiques,
( volcans d'eau d'Encélade ses yeux, ses narines jeunes terroirs de Miranda ) ­—
esprits-de-vins, tambour d'eau - prestes, subtiles, fluides, déliées -
os - coquilles d'abondance - toutes ces images
qui patientaient dans tes yeux qui ne les avaient pas encore vu ?

Mais l'homme seulement se rêve coquille d'un rêve
tandis que nos mains invincibles toujours et encore ritournellent —
puisque jadis elles manivellèrent pour nous Fortunes et Sourciers
dans notre tente merveilleuse -
là urtiquèrent nos aravis, là nos criquets crécellèrent:
"par petit soldat de plomb donnant,
par petite princesse de papier"
oh! oui je pardonne une fois de plus je pardonne je pardonne !
tout ce que l'on voudra —
et l'araignée, et la fourmi, vers les hauts arceaux d'herbe,
escaladèrent leurs galets,  les crêmes et, par l'air, par le feu,
sous le soleil enfin démocratique,
touchèrent aux marches de cristal aux dômes des palais de la cité heureuse  —



3 commentaires:

  1. cf Théatre Constant 1.1 " Eldorado" ( à la fin avant l'envoi ):


    et cependant couché dessous la tente auprès de toi qui est une elle
    d'une parole époussetée des attentes je profère la bonne nouvelle

    et tandis que nos bras ritournellent à tisser à défaire les parques
    je divague je noue
    j'annonce nu-tête cou roide par ta gorge si rouge
    la troisième personne

    sous le ciel triangle de la canadienne
    nous consolons nos deux mains orphelines dans le bas air violet qui vibre
    ces deux-là orchestrent
    la portée sans clé sans amure d'une navette inventée à mesure
    voici :
    le vent est presque à moi
    vous tous, côté de face
    ce que dieu a uni, que l'homme le délasse

    voici encore :
    je me sens pardonnant.
    souvenir du nonchalant éclair
    " nous entendons jouir de notre Mère la Terre,
    et rien d'autre ne compte "
    la Loi le commande: quitte, acquitte
    la foule innombrable des Pères !
    oui je suis pardonnant
    je pardonne je pardonne je pardonne !

    tout ce que l'on voudra
    je le jure par ta gorge je chante
    les pierres et les miettes liquéfiées du désir
    tandis que sous l'écorce approximative de nos mains
    Rien-tout et Tout-rien en débâcle vers les neiges du je
    passent

    j'aime la femme et non le rite
    et ton sexe est le tiers qui m'éloigne de moi
    et de toi quand je vais en ses terres
    tu es je découds et j'annonce o ma chère étrangère
    de moi à toi le monde où le monde partage le monde

    ne t'étonne pas comprends plutôt cette ascèse féconde
    je suis ce creux par tous abondé et austère



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  2. par don, don à soi fait, du présent au passé

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    1. à l'époque, j'avais emprunté cette expression ( je suis pardonnant, je pardonne, je pardonne ) à Iona Wolach, grande poete israélienne, qu'elle écrivait alors qu'elle était en train de mourir d'un cancer à l'hopital.

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