jeudi 21 mai 2015

au campanile

(...)



. Au campanile chaulé
ahanent les aiguilles
de même un masque de rien aurait été plaqué
absorbant tout
sur une des pierres que j’ai dit
au second commencement de mon poème :
    
( les mots de là-bas s'y lèvent encore,  empêtrés pieds-joints
jurés comme des champs remaniés ces vieilles bornes affectées
que le vert chaos des armes assaille: ce qu’ils disent,
je le rappelle pour le promeneur assez heureux de ses entrailles
pour qu'il aille et frôlent ses doigts détendus comme maître en ses terres
les sommités des flammes, profuses de graines, ces miens vaporeux testaments:

ils voulaient dans le dur inscrire
l'image  de ce qui fuit ....
la fuite du minéral, mais dans le minéral
... que le granit avoue sa soie-grège
que l'opaque dénonce ses pancréas
... que la pierre témoigne de sa nature ignoble
... la dissolution qui la constitue  ... )
    
. Au point qu’on ne peut ni savoir ni douter
que vrai soit vrai ou faux soit faux
- et rien, encore moins, des aléations intermédiaires -
car tout chute empêtré dans le voile derrière les yeux
qui donne désir de voir sans jamais satisfaire


 [ Récits de Diego ]

Et aussitôt pour la traîner jusqu'à l'eau je n'ai pas ménagé mes efforts.
La joie que j'ai eu à la voir s'enfoncer dans la mer, belle et gaie, il me semble que je l'éprouve aujourd'hui comme elle était avant tant je m'en souviens clairement. C'était la promesse que me faisait la terre nouvelle. Alors me remontrant que de même que cette tortue avait été si empêchée sur la terre qui n'était pas son élément naturel et si agile dans l'océan ( on aurait dit un oiseau libéré tant elle était gracieuse et puissante dans sa fuite vers le large ) qui était son élément naturel, je serai empêché par mon armure, puisque l'état de guerre ne l'est pas, mais libre d'aller et venir sans sa charge, en l'état de nature, puisqu'il l'est, mon élément naturel, je veux dire, comme étant celui de tous les hommes fils d'adam, je décidais de rejeter mon armure et de ne plus jamais la porter, quelqu'en soient les dangers. Et c'est ce que j'ai fait, aussitôt, sans réfléchir plus loin comme je fus toujours accoutumé à me comporter sans différer l'action au delà du temps nécessaire à la décider. Je suis ainsi bâti pour le bien ou le mal qu'il m'en a valu de n'avoir jamais été du clan des tergiversants. C'est à ce point de mon arrivée que je veux faire commencer mon histoire, puisque ce fut là, pour moi comme pour certains de mes compagnons parmi les plus chanceux véritablement le début d'une vie nouvelle, au point que de ce jour où nous accostâmes nous fumes souvent d'accord lorsque nous en reparlions au repos pour l'équivaloir non seulement à seconde naissance, mais comme de celle-ci s'étaient ensuivis tant de faits tant inédits qu'imprévisibles et bienfaisants, il nous semblait réellement que ce qui l'avait précédé, à savoir l'intervalle entre notre première naissance et le jour de notre abordage, se trouvait pour ainsi dire perdu dans l'indifférence de l'ignorance d'une vie antérieure parfaitement oubliée si bien que cette seconde naissance était en réalité bel et bien désormais l'unique qui nous la soit. Or maintenant que nous en sommes à l'âge où s'avisent les forces à décliner, étant désireux comme il va de soi selon le coeur de laisser de mes oeuvres un souvenir afin que ceux qui nous succèderont prennent exemple sur le bon qu'elles recèlent sans manquer toutefois d'en rejeter les fautes et manquements ( car nous fûmes chrétiens ), à savoir pour leur instruction et également pour le plaisir qu'ils auront comme nous en avons aux récits des anciens, j'ai prié mon cher ami Pedro de bien vouloir, m'excusant pour la peine que cela lui occasionne et du temps si précieux que j'ôte à ses importantes occupations, de bien vouloir donc de noter par l'écrit de que je lui dicterais de mes mémoires, car en ce qui me concerne je suis pour ma part assez parfaitement illettré, ne possédant aucunement l'art des lettres pourtant le plaisir que j'eu toujours à en écouter, en poèmes, en contes et en récits, quoique rien selon moi ne vaille l'intérêt aux pièces de théâtre qui sont la seule chose que je regrette de ma première existence en Espagne surtout les fantaisies de Calderon et de Lope. C'est un art excellent, le théâtre, autant pour le plaisir et le soulagement des passions qu'il procure que pour l'instruction et la vertu morale et civique qu'il distille, et je croient ces vertus si fortes que même les farces, grotesqueries, clowneries et autres grimaceries de la scène pourvu qu'elles soient assaisonnées de quelques bons mots pour rire je les respecte de tout coeur et les encourage vivement.
Où en étais-je. Mais il n'est pas besoin de savoir écrire, qu'il en soit besoin n'est pas l'affaire mais le fait est que sans lettre je suis né, sans lettre j'ai vécu, sans lettre je quitterai cette vie.
Tu as bien tout écrit ?



. Tel entre deux draps rêches
l’homme et la femme s’embaisent approximatifs
dont s’exsude, de l’extase des fibres,
la fine lumière qui règne sur les mondes,
    
toi qui habite habituellement
dans l’envers de tes passions méconnues,
paysan ! quand tu retournes du coin de terre
d’où tu as extirpé les âpres serpents de ronce,
    
il te reste encore à offrir les articulations
de la parole sise vibrante enfouie luminescente
secrète
aux multiples chitineux rampants hoquetants trébuchants sautelants



[chroniques amérindiennes ]

nos deux villages vivent dans la peur l'un de l'autre.
ils ont une arme qui empoisonne l'eau des singes, et fait rêver les hommes de telle façon qu'ils se croient les guerriers d'un monde qui n'a jamais existé.
c'est une arme qui change en froid les feuilles
déchausse les racines et les transplante en muscles.

Nos femmes se rasent les poils du pubis:
elles ont d'enfonce en enfonce le goût du cercle et l'amour de la cendre.
elles savent nouer leur chevelures oblongues
aux chaînes de l'âtre: les longs bras gris des enfants-femmes enroulés en calice symboliques aux bras longs et gris des mères cendrées font signe et sens pour ceux qui savent déchiffrer les indices du destin dans les formes floues des empreintes dans la cendre.
Les femmes donnent aussi du plaisir à ceux qui ne savent pas.

Le poison de l'ennemi place racine en muscle chez le mâle.
C'est un poison qui mélange l'ordre du monde, qui brouille le sens en le transplantant là où il ne convient pas, en insistant de telle manière que l'on pourrait croire que ça a du sens.
Et ça en a en effet mais partiel et non total, comme un canal a du sens mais n'explique pas la mer.

car on ne pourra jamais totalement les empêcher
d'être celles par qui l'avenir procède.
Les sages leurs ont inculqué d'enfance en enfance
le goût du cercle et de la cendre;
le convenable et l'indécent,
plaisir à nouer leurs longues che
velures
aux chaînes de l'âtre

les longs bras gris enroulés en calices symboliques
aux bras longs et gris des mères cendrées
forment signes et sens pour ceux
qui savent lire les indices que le destin
aime cacher dans les empreintes aléatoires des formes floues.

Après restent toujours les plaisirs de la fente
pour lequel elles sont biologiquement appétantes
hélas. Les nôtres sont globalement bonnes
mais on ne peut totalement garantir que soit extirpé d'elles de a à z
toute tendance virile: le poison de l'ennemi
en muscle chez le mâle
vous savez en quoi il se grime chez la femelle,
leur nature est de jalouser.
Putains de salopes de moules feulantes:
putes, putes, elles se donnent à qui elles veulent.
Nous coupons la chatte à l'ennemi
pour pas que ça s'étendre au delà de l'anneau des cendres le mal,
et après, c'est la confusion qu'elles vectorisent et la ténèbre s'engendre sur la terre entièrement,
et ils arrivent châtier les démons d'outre-monde de la mer sur notre terre divine,
feux et terreurs, feux et terreurs.
Quand la prophylaxie insuffit:
le code des sages a édicté également des sanctions pénales
rudes pour l'exemple:
flagellations ( le cul, les seins ! ),
crucifixions ( elles ont  aimé s'ouvrir, n'est-ce-pas ? )
lapidations  ( on les enfonce dans le sable et on dégomme sur les yeux )
pour désorienter l'ennemi
et parce qu'il est de nécessité humaine
de se réjouir ensemble, surtout en temps de guerre.
Cette guerre ci, nous allons la guerroyer et vaincre,
afin de la chanter ensuite en longs poèmes
tous ensemble en rondes nos amoureuses aux beaux sourires,
nos bambins chéris, avec les flûtes et les tambours: nous danserons !

(...)





1 commentaire:

  1. ça fait comme un éventail où se promener dans les herbes et les graines d'histoires. Je suis bien contente pour la tortue, et j'aime beaucoup tout ce passage d'ailleurs. Mais les chroniques amérindiennes sont bien cruellement justes.

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