mardi 6 janvier 2015

Si je marchais pieds-nus






Si je marchais pieds-nus sur des picots de bitume
je les sentirais - par la pante des pieds -
comme un quelqu'un qui marcherait pieds-nus
sur des picots de bitume.

Mais pas exactement. La différence
entre.... entre - n'est pas métaphysique.
Elle aurait aujourd'hui
la largeur de la mie effondrée
dans l'urine du terrible mendiant
qui cultivait des vers dans les ulcères de ses jambes.

J'aurais bien voulu ne médire de personne,
mais je porte aussi en moi
quelques effondrements du monde, avec
cette même différence qui n'a rien de métaphysique.
Oh je n'en n'ai pas la force... comme un quelqu'un
qui n'aurait plus la volonté - ou bon vouloir -
d'élaborer d'avantage
des conceptions métaphysiques.

ooo-ooh l'air l'air là-d'sous l'air l'air
claviculaire l'air ooh

Ce clochard hideux, sous l'abribus,
avait un gigantesque sourire.
Ca l'vaut de l'marquer:
qu'il grave radiait brutale bonté.

Nos circonstances... elles étaient autres:
j'avais porté le grand miroir que nous avions trouvé dans la rue,
un grand, très lourd miroir orné comme un décor de théatre -
puis je l'avais hissé, marche après marche, en soufflant,
jusqu'au quatrième,
chez nous où je l'avais placé, à l'emplacement exact choisi par ma femme,
oblique au coeur de notre chambre.

Dans la rue en passant j'avais fait une pause:
c'est là que les jambes grouillantes
de celui-là s'étaient multipliées en horizon.

Parfois - m'a-t-on dit - il se battait, explosif
et crachant comme un chien enragé.
De mon côté,
j'ai quelque fois très clairement senti
combien ma guerre non plus
n'est pas métaphysique.
Mais ah ! que cesse, cesse —
le fulminant murmure
des campanules.



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