dimanche 4 janvier 2015

[eldorado] ( Théatre Constant 1-1 )

 


Le Promeneur
 
Moi, et mon corps en déambulation,
moi, quelque part entre mes pieds
et les airs miens fredonnés jusqu'aux taillis,
moi, des semelles un peu rabotées
ou moi, le grain de la route,
moi,
sovilo viloï viloï   sovilo vilo -oï
Moi, dis-je, voire moi sans intentions,
ni d'attention,
détendu dessous le paquet du corps
qui accompagne la parole organimentale —
Et toutes écluses mugissantes sonnaient:
dans les prairies blanchies: moi, dis-je, allons :
Allons, ça, allons, je : j'en prendrai mon parti !
On se fera une raison - à la dizaine :
Et les moulins à eau, à vent, électrique,
broyant leur farine entre mes meules : un
cortège de mésanges, passereaux, passurets, alouettes, fauvettes, pipits, hoche-queues, accenteurs, moineaux, pouillots déhardés d'entre un rameau à l'autre:
sautants, sautillants, viaulants, vibrants, vroussants, vrombissants, bourdonnants, sifflants, volants, trissants, voltigeants, virants, voltants, virevoltants
d'une branche, rameau, ramure, ramille à l'autre parmi les autres,
par creux bleus mi les alcôves des buissons
ou des sous-branches : ça, ça, or donc, disant, comme on dit
j'y vais !
et en effet, autant que fait signifie,
j'allais sur cette petite route départementale
- c'est une géographie qui en vaut d'autres -
à moins d'une centaine de bornes de Paris.

Pour autant l'homme n'est pas l'oiseau,
et n'est d'ici ni d'ailleurs tout-à-fait :
pour autant aussi bien toute chose soit semblable,
je dis interrogeant :
    l'homme est-il l'oiseau ou l'oiseleur ?
    le lièvre ou le lévrier ?
    la hase ou le haselier ?
    le bateau ou le bateleur ?
    le rêve ou le rêveur ?
    la paille ou le rapailleur ?
    la mouche, le muchillon, ou l'émoucheur des vieilles chandelles qui fument encore ?

Et c'était, en allant, en chantant, enrouté par la campagne,
lorsque j'ai demandé mon chemin,
juste pour demander mon chemin,
et non parce que réellement je cherchais
quelque chose qui fût mon chemin.
Le ciel était délayé,
répandu, profond, sans volume.
Quelque part près de Courson.
 (j'ai oublié les noms de ces villages,
et même je n'ai jamais connu les noms de ces hommes et de ces femmes:
puisqu'aucune cruauté, je crois, aucune jalousie ne nous a jamais uni,
peut-être ils sont morts, et peut-être c'est moi,
et peut-être ça n'a aucune importance
pour cette sorte de poème-là.)
( le ciel bleu et blanc, c'est important. )
A l'entrée du premier hameau
c'est là que j'ai demandé mon chemin:
Une vieille femme alerte sur le pas-de-porte
de son jardinet m'a dit
d'aller plus haut demander au pays
j'ai humé la matière de son accent roulé
si près de Paris ça semblait comme un panthéisme idéal
Le décor était de l'autre côté d'une haie peu touffue
une voisine et son chien.
Wrah ! wrah ! a dit le chien.
Demandez au pays, la vieille a dit.
Wrah ! wrah ! wo vo ! wrah ! le chien a dit.
Par dessus la haie, la voisine regardait.
Elle m'a dit la vieille que
c'était le chien de la voisine et
je ne devais pas avoir peur.
Le chien flappe la flappe la flappe le fouet
s'est mis à ronronner contre ma jambe
comme un agneau
r r  r    r  r  r
Le vent ;
La tendresse verdie ;
Le vent: pas un ris.
Dans la poitrine, les mèches des haubans ont faseyé. Flappe la flappe la flappe la.
Le-vent-pas-un-ris : soleye et paix.
Le souvenir: une jeune fille.
( Je suis une jeune fille le souvenir a dit :)
" Le Juif Errant a-t-il retrouvé sa guérite ?"

j'allais et j'allais et
à peine un peu plus tard
et mon  souvenir se brise
comme une miche de pain bleu
qu'on partage entre copains
à la suite d'une excursion
au biais des épines et des roses trépidantes
des mûres rouges piquetées de granules violettes
qui déchirent sous la peau
( mais va donc ! le moteur est bien en dessous)
quand on arrive en haut de la montagne
et lorsqu'on voit le chemin de traverse large
on le compare  aux jeux avec les filles
dures d'accès et aisées de descente

Où est le début et où la fin et où le milieu ?
il faut bien  que l'on présente ses oeuvres devant
des femmes, fussent-elles imaginaires
Mais moi à qui raconterais-je les pauvres exploits de la durée de ma vie
( Si je ne peux de moi me changer quelque peu !
mes jours n'ont-ils été que gaspillage dédains mépris et gourde pleine de buée ? )
pour qui les ferai-je parures et colliers
quand même l'art des mots,
le sortilège des récits,
hocus-pocus et charmes et magies,
mon héritage rythmique, je ne l'ai pas cultivé
—— Mais du moins la faute n'est pas mienne entièrement!
et j'accuse la France et ses villages de boue
et sa capitale de ponts et d'arches et de pyramides d'acier et de verre
et ses roues et ses nuages de fer sous les rails du métro—
et les temps sont durs comme on dit
et la chanson précise:
par les temps actuels
nulle femme nulle femme ne veut te marier
si tu n'as pas de situation

La Faim
 
un jour
jeune Diogène sous la toile d'une tente
qui était le refuge entre mon ventre creux et
et les vents de la mer
criant  les yeux ouverts sur les étranges formes de la faim
j'accompagnais en fredonnant de joie  le rythme des visions
sur le tambourin que la faim invente au plexus des soleils réguliers
ils tournoient des crépuscules aux aubes et
ils crépitent comme un cortège de grillons-bachantes
pour saluer les éveils royaux et affamés des vagabonds
et les vents de la mer aussi
c'était à Montpellier
des gitans milliardaires circulaient en rolls fabuleuses
les odeurs des saucisses sur leurs barbecues m'affolaient
j'étais timide et orgueilleux
j'avais trop faim pour demander
je les aimais de loin
de loin je me roulais entre les bras et les cuisses
de leurs femmes obèses
et les vents de la mer
c'est là que j'ai su qu'il est nécessaire de lire quand on a faim
pour ne pas être qu'un ventre
Ezra Pound fut d'une clarté parfaite
d'une exquise simplicité
je le commentais de quelques mots montagneux rarifiés
à mes disciples bouches bées: va, ne mange pas une
semaine et comprends et
et  un matin entre les champs de pommes et les vignes ah! combien ai-je couru
portant la charge d'un surprenant orgueil
un désespoir merveilleux et privé courrait à mon côté
j'ai rempli son sourire torve de pommes ramassées
et nous les avons lentement mangées en chemin
laissant autour du trognon beaucoup de viande rouge
que nous semions sur le chemin du retour à
ailleurs
pour amicalement les partager avec les oiseaux et les fourmis
et pour manifester notre plénitude et notre joie de vivre
et les vents de la mer
poussaient à Courson mon cortège de péniches
la procession des visages pèlerins entre les draps errants

Se dépouiller
 
mais plus tard à Jérusalem
je peine à me débarrasser de ce que j'ai été
mais tout est une question de verbe
et si j'étais quelqu'un il y aurait bien quelqu'un
qui aurait plus de temps et de paix que je n'en ai eu (jusqu'ici)
qui trouverait le moyen d'arranger les éléments de ma vie
en fonction de l'art et d'autres seraient contents et trouveraient que
c'est beau
mais je ne crois pas que l'on fera quoique ce soit
de moi
ni avant ni avant
ni avant ni après le pourrissement de ma dernière mort
j'ai voulu
être celui qui rassemble leurs paroles
afin qu'ils sachent
qu'il y en a qui conviennent à leurs événements
mais je ne sais plus rien de rien
et je ne suis pas capable de voir la trame
qu'il nous soit pourtant donné
si nous n'avons ni l'argent
ni les femmes ( car quoi qu'on en dise ça va drôlement ensemble)
un peu trop je veux dire pour que le féminisme soit tout à fait crédible
qu'il nous soit donné de comprendre un petit peu
 et si rien de rien ne l'est
qu'il nous soit donné de feindre du moins que
quelque chose est compréhensible
et les guerres et les paix
de quoi dépendent-elles
des paroles des hommes des cabinets
et des récits que l'on se fait
et grand est le pouvoir et le devoir des poètes
et je tremble d'un monde qui méprise ses poètes
mais je me console
en lavant la vaisselle dans les restaurants
car j'aime l'humanité qu' il y a là
si ce n'était les regards des petites gens qui nous commandent
et qui nous jugent stupides puisque l'on fait un travail
dont ils profitent

Mes années à Paris:
et mes années en france:
l'inquiétude qu'ils m'ont construits
car la guerre était avant
et ici aussi c'est une sorte de guerre
mais celle là c'est la nôtre du moins
( disais-je )
et j'ai écouté tout à l'heure de la musique arabe à déchirer les poumons
qui suspendait le souffle
et enjôlait l'esprit
et je me dis
je suis certainement arabe d'une certaine façon
et les arabes sont certainement juifs d'une certaine façon
et je suis certainement toi d'une certaine façon
et on finira bien par se rencontrer
d'une certaine façon
ou d'une autre
et ce ne sera pas la paix
mais ce ne sera pas la guerre
et je maudis les assassins de tout en parole et en actes
qui brandissent des couteaux imbéciles
mais donnez-leur des livres
sur leurs ennemis
et donnez-nous des livres et des musiques
avant qu'il soit trop tard
( c'est déjà trop tard )

et c'est ainsi que je suis arrivé à Jérusalem
et je t'ai vue à travers la fenêtre
et je t'ai appelé
tu es descendue
et nous avons parlé de choses étranges et
reste maintenant et ne t'en vas pas
car il faut que je sois humble et doux de coeur


les Maîtres
 
 
n'est pas étrange
ils ont voulu se rendre maîtres de l'histoire
ils ont voulu la gouverner
lui mettre au nez un anneau
et aux flancs des étriers
et ils l'ont conduit jusqu'à l'extinction des rêves
et l'histoire nous hante comme un fantôme et nous
ne parvenons pas à nous en débarrasser
qu'avez-vous voulu de nous

ainsi dans le sud de la france
au pays des cathares
moi jeune moine errant en habits d'usure
j'entre dans une ferme
un homme aux yeux hallucinés me conte
la révolte infinie de son peuple contre le croisé
je suis un parfait me dit-il
mon père était parfait
nous serons parfaits jusqu'à la fin des temps
puis nous mangeons des saucisses en commentant
les événements du rosaire comme des dernières informations
" ah, ça c'est le moment où il se casse la gueule
et tous ces salauds toute la populace qui vient assister au spectacle
remarque c'est humain moi-même la semaine dernière
quand les coureurs de la course sont passés
il y en a un qui est tombé dans le virage de 60 m
on a tous été voir"
je porte en mon coeur le toboggan d'un extraordinaire bonheur
d'autres me priaient de bénir leur marmaille et leurs marmites
une bonne femme à barbe de chou-fleur gigotait un crucifix décadent
la soupe à l'ail soupirait contre les murs épais
on se souvenait des cathares et des livres brûlés
et je c'est à dire je pense donc je quelque fois
avec mon être organimental
et moi allant devant allant puiser l'air à la claire fontaine du jour
je ne pouvais pas bénir j'agitais le bras dans de vagues fiches signalétiques
oh que le ciel était bleu que ocre la maison
( je me suis jeté sur un lit trop épais; non, cela c'était à Grand-Champs,
Morbihan, Bretagne )

A Grand-Champs, Morbihan,
je me jette sur un lit trop épais
la fille vient s'accoucher près de moi
je roule une heure et deux et demi avec ses seins de poire sur ma poitrine
ses hanches dedans mes mains comme des pirogues
on se suçote baisote tout c'qui fait hic et tout ce qui fait hoc de même
on s'aspire se suçonne se mastique se malaxe se pinçote
on se gymnastique d'ahan et devers darrière et davant
on se tripote et se dépote et barbotte barbouille et débarbouille
on se tire les bouts et bouche les trous
on s'visse on s'dévisse on s'revisse on s'
niche et on s'déniche on s'mouche la chandelle
on s'souffle on s'gonfle on s'pèse on s'ridérire
on s'phonème on s'bégaye on s'aphasit on s'aplatit on se berce
dans le lit de sa grand-mère à Grand-champs qui est morte là
ce pour quoi la fille après le discours ne veut pas y rester
et j'y reste seul avec l'odeur de ses organes à plaisir
comme unique chanson et seul souvenir
objet  transitionnel des jeunes de bonne famille

j'ignorais encore que j'étais déjà ce vagabond sans chemin
traîne gagne-pain des fourneaux sans farine
gorge-queue des volcans sans basaltes
éternel rouleur des petits pas à pas on fait son etc.
quart de philosophe sans pensée et
content content sauf quand mécontent
vague routeux des nets assis
détrousseur de grand-chambre
querelleur des araignées et des escargots
défenseurs sans peur des petits lombrics épeurés
chambouleur des courants d'air
révolutionnaire des valets de chambre et des soubrettes
plaideur des salles des pas perdus
harangueur des harengs
rhétoriqueur es saucisses
mousquetaire des rossignols et des chardons
et vous ne le savez même pas !

ils ont tant voulu faire de nous quelque chose que nous ne sommes pas
ils appelaient ça amour
que voici nos corps devenus impapalpables comme ombres
et nos ombres comme des brassées de bruyères très-fanées
ils appelaient ça toujours
et ne reste que le zest du reste et la sagesse de laisse
avec ses odeurs de goémon et d'étrilles:
donc oh! que mon corps soit toi, o ce lézard
qui me regarde un instant avant qu'il s'affûte dans l'entre-cailloux
alcooliques de soleil
et toi mon ombre va vaque aux frasques du monde des hommes
ils appelaient ça amour

je te sucerai jusqu'aux étoiles
elle a dit la gitane
tu es beau et je meurs de te lécher les orteils
la mer mon pouls derrière
le wagon échoué sur le haut de la dune
les étoiles se cachent derrière le soleil
je bénis aujourd'hui ces souvenirs et le goût de la pêche de St Gildas de Rhuys
pour mieux vous maudire
marchands d'hommes et de couleurs
car
ils mordent quand ils sourient
mais moi jamais je n'ai prétendu autre chose que
ni rien et c'est pourquoi je lève les mains
pour ranger devant l'inconnu ma prière
quand o quand viendra-t-il le temps de la lutte d'amour
quand irons-nous accueillir la fin des superstitions
et des devoirs et des chemins tracés

et le brave homme qui m'accabla de travail
et me dit que je suis un homme et me dit de me réveiller

Puisse ce départ être sans retour !
m'écriais-je à la troisième enjambée
mais combien de temps ai-je mis à comprendre
que de toutes les prières celle-ci
est en tous lieux la première exaucée
ils m'ont dit : te voilà revenu !
j'ai répondu non non
je me voulais fidèle à mes métamorphoses
ils chérissaient leur propre souvenir
ainsi sommes-nous revenus l'un aux autres cruels
bégayants par tendresse chacun
l'autre moitié du même mensonge
ni parti ni revenu, où serais-je alors ?
passent la rose et le jasmin
( c'est au temps où je diffuse )

La parole et la communication
 
au temps où je diffuse
et le pire s'approche
o mes mots o mon art
ils me prendraient pour vous, moi !
étrange faune de bureau
loin des chemins
dans leurs réseaux
o mes mots o mon art
o ma terre et mon retour
o ma petite ma seule demeure d'hier et de demain
o ma coquille mon cerf-volant mon cher élan
rends- moi la route je t'en prie
rends- moi le sang et la sueur, la boue à mes godasses,
les doigts poisseux du jus des pêches sauvages
la guerre même, tout ce que tu veux
et l'inconnu et la folie
reviens retourne à ces cuisses merveilleuses car --
à mon silence --
me voici
mais qu'est ce que je fais de toi ?
j'invente des naïades et des ondines imaginaires
volontiers ! elles se dénudent - pour c'que ça coûte !
et voici l'homme !
je te tue o ma parole organimentale
corps ici et parole là
et c'est moi qui te livre - à lire - sans livre !
et c'est moi qu'on feuillette, émiette, pour rien !
ils ont voulu confondre
parler et échanger
et me voici communiqué - en direct !
comme les morts je me donne à manger
je m'apporte des fleurs
je me tisse de graviers
je ne sais plus parler je me tais
au clavier

en poussière d'or dans la lumière et
dans l'aube
homme doré


Le Ciel...
 
 
A l'assaut du Ciel avec des fusils
criaient-ils
mais vers la terre ils ont tiré
le Ciel n'est pas venu
le Ciel est resté ciel
comme le ciel reste toujours comme il est
pour les prisonniers du Migrash ha Roussi par exemple
le ciel est une rubrique d'étoiles à travers les mailles des grillages
et ils brodent
ils ourlètent
ils dentellent
ils reprisent
aux gorges de leurs femmes
des colliers de lucioles
des diadèmes de lune
bagues de crépuscules
anneaux de source
sans fin infiniment
infiniment tendrement


... l'Homme...
 
 
des anges ont poussé des trognons rougeoyants
de mes pommes
inconscients qui engendrez des anges flammes de boucher
nos désespoirs sont perfusions dans les rémiges des anges malades
est ce qu'ils nous le rendent dans nos stupeurs
nos abrutissements ?
dégagez vous, anges ? de la substance de nos ennuis
des sculptures pour des jouissants étrangers ?
combien de fois ai-je répété ces gestes
le fruit recule, l'étiologie arrive
l'existence est la parole d'un bègue
toute chose est limitée
la tristesse est bancale
l'esprit ne connaît que les formes
mais nous goûtons l'infini
dans la discontinuité des fonctions
rien d'entier comme coeur cassé
qui fait l'ange fait la bête

Empereur des raidillons des rêves
campé comme n'étant pas, supportant les marches de saphir
gorge éversée sur un rire qui gouleye
flappe la flappe la de yongquan à laogong
flappe la flappe la : soleye et paix.
cinq coeurs d'étamines de la Terre / Ciel
bille de boue assoupie
Eldorado, Eldorado n'a pas de nom -- c'est mon nom ---
mon corps en dermatoglyphe des monts pereines,
des eaux d'en sous les eaux : colibri de ton doigt,
cher ami !
au réveil,
l'image que révèlent les sels hypnagogiques
a le visage de la Norvégienne de 17 ans
dont on parlait -- t'en souviens-tu ?
sur la colline dans ta Yougoslavie:
elle daignait ne boire que du coca
ou l'eau de Norvège de sa gourde.

... et la Terre
 
La terre aussi est restée ce qu'elle est
sang --- simagrée des labours
tapinois, à la douce,
auprès de ma blonde
à la claire fontaine
petit oiseau d'or et d'argent
ton moulin ton moulin
sonnez les matines
on y danse on y danse
ne sait quand reviendra
nini peau d'chien
casque d'or
y a un ptit génie qui brille
y a pas d'lézard
à la tienne, Etienne
touche-pipi
agace-pissette
bour et bour et ratatam
a fait un bon dodo
ces meussieurs me disent
la ptite souris est passée
ptit lapin plein d'poils
fi d'cheun
kenavo
où sont les roses d'antan ?
à la chandeleur
eh ! Mambo ! Mambo
c'est oncle Heurté
va dmander au pays la vieille a dit
à l'arvoyure
sont pas parlables
la chevillette cherra
aux marches du palais
mascaret et tokay
bouilles groseilles des piafs des mûres et des barbouilles
ptits rois sur la tête des abominables épouvantables épouvantails des prés ---
Terre telle qu'en toi-même les Eres te changent
moi, en vigile joyeuse
du haut de mes cothurnes te salue : ohiooo yooo yo yoo ! terre ! --
pelletée jetée, pénicho-trans-hydrogénique, lactance,
à plein limon de sédiments dans les canaux fleuris des pommeraies stellaires

je vais alors, hein ? allons-y !  sans réellement songer
aux indiens d'Amérique en ce jour où s'ébauche
leur variante particulière de l'attente commune
ensemble de nouveau nos gestes recommencent la quête des ancêtres
anciens de Lascaux, d'Australie, de Sahel
de moi aussi ancien
que tout pain envarde désormais
à peine vignette pochtron dans l'engrêlure des sous-bois
d'où  la lumière flocule bordeaux dans les gorges
où des anges ont creusé leurs cabanes
d'ici à toi salut ! Whitman, vieux pédant
voici la main dont je froisse les taillis
vous l'emplirez de bisons devinés sous la roche
et ce chant vous devine aussi
chasseurs bredouilles du grand soir de plus tard
corps ici, pensée là
déployée jusqu'à vous à cheval sur les IPN de là-haut
vos pieds éperonnent l'air sacré
vous sellez l'île chevauchée par les Loas d'occident
debout de chaque côté du monde
nous en déroulerons le drap
nous en secourrons la poussière
la prairie se lèvera vive et rayonnante
ça ne peut être qu'ici
et maintenant

frères humains qui avec nous vivez
l'empan du pied s'est déployé
marcher n'est plus nécessité
béni sois-tu notre Dieu
qui a fait l'homme pointes-pointes
et la femme grotte-grottes
et l'enfant gaufre dans le moule

à bien dormir au rez-de-sol
orchestrer d'une brindille les faims et les soifs
aurais-je courroucé les princes de la finance
les Soeurs furieuses ou bien les Parques ?
les voilà qui viennent lacérer mes printemps
de leurs doigts de congère
toi qui a passé ton temps à le désirer autre
contemple à présent les ruines de ton passé
homme inhabité de toi
sans patrimoine
déshérité
ta vie tu ne l'as pas vécue
tu mourras la mort de n'importe quel autre
sans même savoir le goût de cette mort

L'avenir !
 
et cependant couché dessous la tente auprès de toi qui est une elle
d'une parole époussetée des attentes je profère la bonne nouvelle
et tandis que nos bras ritournellent à tisser à défaire les parques
je divague je noue
j'annonce nu-tête cou roide par ta gorge si rouge
la troisième personne
sous le ciel triangle de la canadienne
nous consolons nos deux mains orphelines dans le bas air violet qui vibre
ces deux-là orchestrent
la portée sans clé sans amure d'une navette inventée à mesure
voici :
le vent est presque à moi
vous tous, côté de face
ce que dieu a uni, que l'homme le délasse
voici encore :
je me sens pardonnant.
souvenir du nonchalant éclair
" nous entendons jouir de notre Mère la Terre,
et rien d'autre ne compte "
la Loi le commande: quitte, acquitte
la foule innombrable des Pères !
oui je suis pardonnant
je pardonne je pardonne je pardonne !
tout ce que l'on voudra
je le jure par ta gorge je chante
les pierres et les miettes liquéfiées du désir
tandis que sous l'écorce approximative de nos mains
Rien-tout et Tout-rien en débâcle vers les neiges du je
passent
j'aime la femme et non le rite
et ton sexe est le tiers qui m'éloigne de moi
et de toi quand je vais en ses terres
tu es je découds et j'annonce o ma chère étrangère
de moi à toi le monde où le monde partage le monde
ne t'étonne pas comprends plutôt cette ascèse féconde
je suis ce creux par tous abondé et austère



Envoi
 
 
Envoi:

de toi à toi
depuis les fougères ascendantes jusqu'aux chênes qui croisent
de la chose qui éclot à la gemme qui se concentre
dans les espaces du vent ou du grain, multiplicateur sans fin
à la vallée où la rosée se noue
parmi toi, jusqu'à toi
où des pistes s'allongent entre les corps sensuels des dunes
des empreintes de pied achèvent de durcir sur des grèves fraîchies

en toi des venelles s'invitent
penchées comme des feuillets d'écaille
à l'abri desquels croissent des perles végétales
( des grains mûrissent:
grains à l'adjacence de tonnelles translucides
des fils de rosée projettent des ombres sur les tomettes losanges
rose-bleu
et sur les pavés gris de lin, gris cassé, argile mat, granit clair;
et des fuseaux vieux-rose sous les branchages enchevêtrées de pastels
sur les fusains soufflés, vieux-rose, safran flou, beige et rotin
et les grains qui mûrissent: glaviots-de-mer
épissoirs couches sur couches de couleur
membranes albuginées comme des yeux
sous l'ombre des toiles de rosée
franges tendres des reflets sur les pavés, oblongs et sonores
sur les pellicules translucides et sur les tiges et sur les grains:
gerçures, coulures, escramures de sucre
dans lesquelles s'engluent les pattes zingolantes de la lumière )
des portes nombreuses se lèvent sur des cours puis sur des arrières-cours
où la pierre de vieux escaliers mousse comme un champagne fossile
une tonnelle encore ( peut-être c'est la même) couronne
au centre il y a toujours un puit
et puis des ports ruminent et je dis qu'ils ruminent s'ils ruminent puis
ce ne sont pas ceux des naufrages et accès
mais bien ruminements des ports matériels qui sentent la saumure et le poisson
retour des pèches, cris des chalands sur la jetée, caisses noires et plates alignées
dans lesquelles tressautent éclairs caillés ventres ribots et sanglants des poissons
et puis des soirs et des matins chevauchent nus les roselières dénouées par des chants
à cru comme des cygnes en vol
dont les ailes puissantes semblent vaguer ( ce qui veut dire:
brasser le mout dans la cuve ) quand ils foncent
vers le large au moment de migrer

dans la distance secrète de toi à toi pliée et repliée je ne sais où
des espaces incompréhensibles se sont glissés et ils sommeillent
rouges, denses et vastes, multipliés comme les grains du fruit du grenadier

tu es toute petite, pourtant
mais il semble que c'est pour t'imiter que la lune la nuit dessine sur la mer
entre nos pieds sur le rivage et l'oiseau de l'horizon
cette grande allée de phosphore pâle

briques de clapots
miroirs infinitésimals
fontes, rensemencés
huile de lettres
si êtes souvenirs, décrires, questionnements:
— reflétez vous ?
je ne sais pas. tu ne sais pas.
parfois il me semble que c'est pour dire que je suis né
parfois que c'est à dire que je suis né
dire je suis encore à naître je ne sais pas
il faudra dire cela comme cela est
en toi
approximatif et précis, entier et brisé
perpétuellement inachevé, inachevable
intérieur
extérieur
( comme si le corps était l'extérieur de l'air
et que chaque inspiration était la blessure par où il saigne)
comme cela en toi qui est route et château
les mots ressemblent à ces ponts sur lesquels sont construits des maisons

chair avec conscience
malgré l'absence qui vient
très bien allons-y
sans patience

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