jeudi 2 janvier 2014

extrait des "Thèses Inconnues" ( deuxième Maison du Théatre Constant )


Le Scribe en route


Des années plus tard ( selon les computs orbiculaires du soleil )
je croiserai dans une campagne remontant encore une fois au vent jaune
d'où bifurquent de nos élans la plupart des pensée ou des actes
vindicatif comme un prophète blessé par la doucerie des repas de famille

rien dans la pluie qui trempait peu à peu mes épaules
ne permettrait d'affirmer qu'elle n'est pas littéraire:
ainsi que de la gorge du serpent entortillé à l'arbre fameux
s'inspirent et s'expirent des histoires sans fin
en cette pluie s'unissait et se séparaient maintes distances.

Mes seize ou dix sept ans m'ont rejoint:
tout ce temps j'ai marché marché et marché
en route vers le Château: de temps en temps j'en aperçois
les tourelles élancées, ou des chats imprévus courent à ma rencontre
avant de filer comme des éclairs noirs sous les fourrés
puis je le perds de vue - j'ai demandé mon chemin, bah.

Un moment je me suis tenu dans mes chaussures les pieds
visqueux d'argile et de boue sur le bord d'une sorte de combe:
la pluie bouillonnait au fond de quoi sur un fleuve imprécis de limons:
de l'autre côté en face de moi une silhouette brouillée
se tenait toute semblable à celle que j'aurais dû lui sembler
si mon regard avait rejoint ses yeux. Exalté, terrifié
en ses lieux sans guide, peu à peu glacé par la pluie
ne sachant pas où je pourrais me reposer le soir où m'abriter
je regardais mon double à moitié disloqué par les paumes d'eau
apparaissant, disparaissant sous les grandes flaques verticales.
Le pluie, le ravin aux pentes douces, la terre, et la pluie grisaillées,
tout concourrait au désir de traverser, de rejoindre, s'unir !
La peur, la solitude, les bouillons du marais s'écoulant
me retinrent sur les bords du ravin.
Puis plus tard le même jour
me trouvant sous les buissons j'avançais vers la mandorle
de deux branches de sureau en travers du chemin: claires écorces !
Tout ce temps j'avais marché marché et marché
en route vers le Château: de temps en temps j'en apercevais
les tourelles élancées, ou des chats imprévus courraient à ma rencontre
avant de filer comme des éclairs noirs sous les fourrés
puis je le perdais de vue. La pluie désormais
s'était élevée, dont des gouttes scintillaient aux feuilles,
sous les branches, dessus les frondaisons.
J'avançais vers les deux tige inclinées, dont l'écorce était claire,
et qui formaient un arceau sur le chemin du sentier:
les deux branches étarquaient entre elles une membrane: était-ce le sas?













Le monde avant sa création, selon Nahutu.

Lande déserte flasque
Une lentille au milieu de l'étendue plate
Liquide gluant amer
Rond optique convexe
Dirons-nous de la lentille afin de décrire le lieu où toute L'histoire commence
Phase Un Jour Deux
En effet puisque histoire il y a donc lieu

Nahutu qui fut Grand Vaisselier désormais en exil marchote soliloque

Un discours de Nahutu.


Enchanteur sans royaume
Je m'ennuie à en crever parmi les fantaisies
Et autres creuses productions de mon esprit sans âge
Condamné pour un crime oublié de tous et de moi
Dont je sais rien que l'avoir commis la faute m'est imputable
Mais des circonstances qui ont conduit
La vérité pure et simple est que j'ai tout oublié
J'en déduis que c'est donc
Par le pouvoir le plus puissant d'entre tous
Que la faute avait été décidé
Puis sa sanction puis aussitôt le verdict exécuté
Tout d'un coup selon les lois qui régissent le monde
- Je ne me souviens pas de quelle manière -

N'ayant pas eu connaissance des circonstances
Suis-je ou non responsable coupable ou innocent
Voilà une vieille question bien embrouillée !
Distinguer les faits de leur circonstances
Discerner dans la masse brute des émotions
Distinguer les causes de leurs effets
Eliminer les faux semblants les erreurs les illusions
Nombreux s'y sont essayé presque tous ont renoncé un vrai conte de fées
Certains se perdaient dans les fourrés des détails
D'autres oubliaient en cours de route ce qui les avaient motivés —
Mais finalement la lassitude puis la torpeur tous ­—

Une chose est sure
Ni coulpe ni silice ne convienne à ma situation
D'ailleurs je n'en ai pas le goût mais je m'ennuie seulement je m'ennuie
Une chose est sure
C'est d'un mal commun à tous que ma chair conserve la mémoire
Car qu'est ce que la chair sinon le théâtre agité de l'histoire des autres
Si un je ne sais quoi a tiré pour moi le rideau
Sur tous ces poissons cravatés et suants
Je m'en serais bien passé
Mais maintenant rien à faire: maintenir, assumer

Je m'ennuie c'est vrai mais je suis béni de connaître
Par les creux et par les noirs ( à savoir moires )
Les reflets et les songes les souffles des vents
Et les mailles laineuses dans la mer
Ce que les hommes par les dieux moins aimés
Que je ne suis.
Ils le transpassent leur vie durant dans l'ignorance.
Je ne souffre pas de l'amertume. Qui naît des ambitions inabouties.
Pourtant mon exil plus certain que la flamme
Frêle d'une bougie dans la nuit de la chambre prénuptiale est.
Je suis ici.

Que faire ? ah si de mon imagination fertile
Eut-été mon imagination fertile
Il me semble que mon imagination a été...
Aura été... fertile 
J'en en aurais trait, de ses immémoriales...
Ses mamelles...
Que faire ? ah si mon pouvoir était aussi grand que...
Avait été aussi grand que ...que quoi ?
Mon imagination, disais-je, j'en aurais trait, de ses immémoriales...

Mais que viennent faire ici "en" et "ses" on se demande !
Des pique-assiettes, ! voilà ! des piques-idées !
C'est ainsi qu'on s'y perd ! à se demander !
A perdre la tête complètement !
"En" ! "ses" !
Petits mots! sales ! l'maudits ! qui s'mêlent !
Grouillent mes rampes ! verminent mes idées !
Mes grandioses ! les projets !
Parasites ! ronfles ! parlez nous de patience !
Psyché libre ! indépendance !
Comme si nos vies déjà avec leurs gestes
Ca leur suffisait pas
Leurs gestes minuscules... culissimes ! de nains !
Leur ! leur ! comment est-ce qu'on s'y retrouve !
Y ! y ! en ! leur ! assez ! assez ! toute ma vie !
Dans les petits gestes !
Ma pensée... les plumes d'or de ma pensée ! croquée par les petits mots!
Pompée !
Ma pensée dans le miroir de l'âme elle se baignait ! en-haut !
Vers, toujours ! penchée sur sa psyché l'âme !
Ame féminine toujours ! voiles hautes ! au vent ! blanche ! carguée !

Ma pensée
Je ne parviens pas à la rassembler ma pensée autour d'un axe
Soleil ou étable ou auge ! en vue d'un objectif ! une cible ! un horizon!
Elle trépigne de toute sa vigueur frustre ... frustrée la force ma pensée!
Elle gigote... flatule dans sa boite de conserve...
Trépigne o mon corps ! trépigne caracole trépigne !
Mais calme-toi mon coeur chevalier à la triste Figure !
Mais brise-toi mon coeur très saint Graal de tous les Sangs !
Dites-moi franchement, O z-yeux, j'ai l'impression d'être flou:
Est-ce que je ne suis pas flou ? est-ce que je ne suis pas flou ?
C'est que je suis seul ... et que je m'ennuie, je m'ennuie...
Ah! ce qu'on s'emmerde !

Et à propos c'est pourquoi j'ai décidé
Afin de ne pas me fourvoyer dans les semi-visions
Dont je suis pâtre ( je les confond souvent avec les demis-vivants )
J'ai décidé de convoquer ici les acteurs essentiels de mon être —
Des gens, des gens, des gens.

Par où commencerais-je mon oeuvre ?
Un lieu d'abord: ça semble opportun.:
Puisqu'histoire il y a donc lieu.
Quel lieu ? n'importe qui à faire l'affaire du moment
Dont je ne sais rien des histoires qu'il impliquera.
Il suffira qu'il soit d'apparence convenable:
Parfumé un peu, agréable à touzun chacun
Qu'ils s'y sentent bien à l'aise, un peu confort
S'ébattent gracieux, doux ramollos
Qu'i s'aillent à toutes sortes de confidences: voilà voilà.
D'abord fonder d'abord le lieu:
Une fois ce point ce petit point tout petit petit point acquis les évènements parleront d'eux-mêmes
Peut-être

géométaphysique du sas

Comparée à l'aura projeté par les autres taillis en assertions singularisées dans les cernes de chaque détail des fourches profuses de leurs branchages dans la solitude de leur aséité,
sa tessiture transparente, déplissée, ressemblait à la surface d'un miroir sans reflet, l'anneau d'un ruban à unique surface dont le volume aurait été ensuite étiré puis appliqué de manière à recomposer une surface planaire:

puit plan
pellicule vibrante
iridescente
coupe dans le puit

Dans la vibration de cette sorte de lentille scintillait toute la combinatoire d'une syntaxe fluide, dont les changements de phase chaotiques induisaient une tectonique vive de signifiants coulissants avec vélocité sur des nappes de sens inutiles aux prédateurs:

changements de phases
variations chaotiques
des pans sonores
glissent de sens à sens


de ce fait elles échappent
en chéodes sémantiques
à toute prédation
réelle ou symbolique.

Oui, c'était bien là probablement le sas, la porte, le passage, le vortex dont les autres précédents n'avait été que l'annonce et la promesse:
D'un souffle je m'adossais le long d'une branche moussue humide de l'averse passée pour regarder.
Au début, c'était, une pellicule, engendrée par la spirale giratoire d'un point en mouvement autour d'un point central:

conique ellipsoïdale
d'un cône de révolution
cône régulier
ou cône quelconque

et probablement ( car elle était formée entre sa conique de base totalement non-réelle et son sommet réel ) cône imaginaire, et réel également, car il y avait au moins assez de réalité dans sa génératrice

pour que je puisse
la voir
et la franchir.

L'air s'emplissait de palpitations maritimes.
L'océan était bien là d'ailleurs, non loin,
j'entrevis un instant ses tuyauteries d'eaux pleines d'eau,
hérissés de berlingots et de pyramidules, tordus sur des mamelons semblables à de grands draps humides.
Au-dessus de moi le ciel dessus les arbres mouchetait gaiement les feuilles, les branches.
Après l'orage la nature soupirait. Tas d'humus, bouches rouges, ci et là.
Une petite araignée apparut devant, suspendue dans l'air par miracle.
A deux pouces d'elle, une minuscule plume de duvet tournoyait, étincelle d'écume blanche.
D'un ongle je touchais l'araignée.
Frénétique, elle s'éleva en aspirant son fil.
Caoutchouteu-mécanique.
La vie, la vie entière là dedans.
Sésinglé. Le fil d'argent croisait le soleil, se perdait dans le ciel.

Ensuite, en considérant plus attentivement, et de face, la figure entre les deux branches écorcées, je constatais qu'il s'agissait en fait d'un endéocaèdre irrégulier, assez lâchement tendu entre ses angles:
Si d'abord j'avais pensé qu'il s'agissait d'une surface plane, c'est seulement que des phénomènes optiques me l'avait fait croire:
mais maintenant, comme je l'observais en oblique, je pressentais des profondeurs probables.
Des variations infinitésimales de nuances, graduelles de teintes, suggérait des variations discontinues:

perpétuelles modifications des angles d'incidence
de réflexions de sources lumineuses réfléchies
gauchies
par des milieux de réfringences
en mutations fréquentes
Et c'est évidement cela qui, faisant allusion à quelque brèche, cuvette ou carrière engloutie, évoquait des modelés délicats en sousface,
puis, par contamination proximale de l'intuition imposait l'idée d'excavations dans des roches translucides:

des poches de liqueurs hyalines
outrevertes des profondeurs glauques
( comme la mer )
sirupeuses comme
( la mer )

pour peu que l'observateur fut soit en quête soit au moins averti de l'éventualité de ces phénomènes:
c'était bien là ce que moi, de là en là et de quands en quands,
le visage encore mouillé de plusieurs liquides dont air et soleil peu à peu ôtaient l'eau, je n'avais jamais cessé d'être: un voyageur prévenu.

Ainsi qu'en la franchissant ( en la passant ),
rien n'aurait changé sinon la lumière en lumière
les taillis en taillis
par l'effet d'un doppler appliqué à toutes les sensations
saluant les trüüütruli lhiejhüü de mes oiseaux retrouvés
décalés,
je me savais proche si proche des terres de ma dernière maison.
de la mer
Un signe probable aussi, c'était cette mer en contrebas,
dont les tuyaux, s'incurvant, plongeaient dans un plan frémissant, sur lequel coulaient, eau sur eau, de minuscules nappes d'eau.
Plutôt que par leur courbe, c'est par leur ombre, par des variations des indices de diffraction, par d'infimes modifications dans les scintillements de la lumière, par les vibrations du plan sous-jacent,
que surgissait le relief des triangles en biseau, des pyramides, plus rarement des cônes prismés: attachés fixement au bord comme des patelles octaèdres.
Des concrétions métamorphiques polies et durcies aux lignes jointives, plaques et fleuves d'eau, de l'eau de l'eau, entre deux eaux.
Plus loin, des vastes bouillons, lisses striés et brillants comme des coupoles affaissées. Je m'attendais
presque, je n'aurais pas été surpris si de l'autre côté du "sas" après le coude
du chemin j'avais vu surgir devant moi d'un îlot peut-être
sur la mer les tourelles d'un château de vitres
et de vitrail de crachats et
de vitrail de crachat et de
vitrail de crachat et de cascade.

Quand, me levant, je passerai sur le chemin entre les branches de bois
je me trouverai être d'un seul pas en avant au même endroit résolument ailleurs.











Nahutu le Démiurge
Après son discours, de la convexitude marine Nahutu l'enchanteur commenca à élever les murailles coruscantes d'une citadelle liquide, merveille d'eau, et alentour nombre fleurs, vergers, étoiles de serpentins camineux, quantité charmances disséminées ci et là, bien ordonnancées en tout, fructifieux d'abondance les vergers, landes ondoyées par les vents, manne rosée, pléthore d'arthropodes antennates eucarides décapodes dans les cristaux des flaques benthiques, bien ordonnancées dans les détails, semailles de bouchots sur les râpés rochers flanqués ambe de flaques transparentes aux marches du château.
Les mains des vagues mobiles caressent suppliquent la jupe de la vague dressée comme déferlent les errances aux frontières de la terre promise: est-ce la promesse de la terre qui fait l'errance ou l'errance qui fait la terre ?

 (...)

1 commentaire:

  1. Les textes en petites italiques sont en principe en petit à gauche.

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