mardi 24 décembre 2013

Assis entre les verres vides





Assis entre les verres vides qui chiffonnent sur les tables dilatées et les doigts délicats de la délicatesse de mi de violon,
il est temps de dévorer de toutes mes paupières dentées la salle désuète qui s'enfonce vers l'horizon éblouissant de nacre des dents blanches des femmes souriantes.
Les femmes souriantes présentent leurs épaules à toutes les baleines de roche.
Les femmes souriantes sourient à sourire, de leur pied fin comme un alcool suspendu sous les nuages,
et s'enfuit par la cheminée astiquée par le hérisson astucieux du ramoneur.
Les femmes souriantes étalent leurs pieds, leurs cuisses, leurs hanches, écartent les lèvres de leur fente, les femmes souriantes.
Les femmes souriantes galopent dans la rue et hennissent dans les lits, se dévorent l'une l'autre les feuilles cachées dessous les glandes.
Les femmes souriantes ne connaissent pas les masques africains et les guerriers réducteurs de tête, ni les aléas de la politique internationale.
Les femmes souriantes suspendent des oiseaux et des scarabées et des hannetons et des arceaux et des cymbales et des poissons et des cendriers froids et des canards laqués et les dix-huit cloches de Notre-Dame de Paris à leurs anneaux d'or à leur lobe leur lobe.
Les femmes souriantes sourient à leur sourire à sourire sourire.
A part ça elles sont complices évidement des brosses des chênes qui caressent les sous-vêtements des cirrus.
A part ça elles déchirent comme de Penthée la chair pâle du pain et braillent en chaire à l'aveugle les yeux piqués de larmes sanglantes les trente six milles chagrins des mères et des vieilles filles et des veuves et des trop vieilles,
en ronronnant en se suçant les index les pouces et les petit-doigts, madre de dios, les pauvres femmes souriantes.
Les fougères inondent leurs pots de chambre, elles pissent de grands jets d'urine piquante, sucrée, parfumée, elles s'accroupissent pour pisser, de peur que ça leur coule à l'intérieur des cuisses.
Les femmes souriantes se font coiffure de bandelettes d'urine bouclée, et offrent leur cul à l'espérance de flagellations anonymes végétales.
Elles assouplissent leur cou et disposent leurs mamelles de part et d'autre du ventre, elles écartent les cuisses et joignent les pieds, joignent les doigts et écartent les lèvres d'entre leurs jambes.
Après avant et entre l'amour, les femmes souriantes sont dans la rue, elles vont, elles égrènent distraitement le chapelet de leurs cils, elles lèchent les robes les escarpins les baldaquins les suites les traînes les cravates trois pièce les manteaux les sous-vêtements.
Elles font pendre la masse de leurs mains à l'extrémité de leur bras, à mi-taille.
Elles massent les rondeurs de leur nez, elles donnent à pendouiller leur lèvre inférieure, elles jouent à cache-cache avec elles-même pour se paraître encore plus, encore plus, toujours plus, et pas assez.
Les femmes souriantes dans le miroir prennent la besure de l'ordre féritable du monde, elles se souviennent que Charlotte a dit à Véronique que Pierre a déclaré à Julie que Sophie éprouve quelque chose pour Julien et qu'elle s'interroge à propos de Bernard mais qu'elle n'en a rien laissé paraître parce qu'elle ne sait pas quelle est la charge exacte de l'investissement de Bernard dans sa relation avec Christiane ni ce que Julien attend d'elle exactement,
elle qui n'a jamais été vraiment amoureuse, elle qui l'a cru cependant, elle qu'on n'y reprendra plus à se sentir amoureuse sans l'être réellement selon toute l'exactitude du texte, elle qui ne savait pas que l'on pouvait croire être amoureuse et pourtant qu'il n'en soit rien, elle qui le sait maintenant, et qui se tient sur ses gardes, pour se sentir bien, pour se sentir pure, pour ne pas se sentir tricheuse, elle qui a pris rétrospectivement toute la largeur de son égarement, toute la profondeur de sa confusion mais qui est maintenant dégrisée,
elle sait désormais la capacité qu'on a à se tromper soi-même sur ses propres sentiments, elle a mûri, elle a crû en sagesse, elle s'est crû amoureuse mais ce n'était pas ça pas ça du tout c'était qu'elle était jeune, et c'est à lui de faire le premier pas, c'est à lui de faire le deuxième pas, c'est à lui de faire le troisième pas, c'est à lui de faire le quatrième pas, et le cinquième, et le sixième, mais elle ne sait pas précisément ce qu'il veut ni ce qu'il attend exactement d'une relation avec elle,
de plus il est plus jeune de beaucoup qu'elle, cinq ans c'est beaucoup à cet âge là on a pas les mêmes attentes, on se trompe facilement sur ses propres sentiments et sur propres motivations, et il manque d'expérience, quoique il soit mignon, quoique le temps passe, elles supposent que leurs chairs sont encore assez fermes, les femmes souriantes veulent dire assez douce, et rondes, et oui oui, attirantes, oui oui.
Les femmes souriantes se douchent et s'astiquent en rêvant au hérisson astucieux du ramoneur dont la figure est sexuellement correcte, elles rêvent de lui nettoyer le visage avec un gant de toilette au savon parfumé d'écume d'amande douce.
















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