dimanche 24 novembre 2013

La place, le mur, sous un autre angle ( Nahlaot, Jerusalem, 1997 )







Cette étrange maison n'est nulle part visible
le ciment l'interdit en poudre sur le banc
et même les mouches protègent celui-çi
le vent a soufflé les tôles perchées sur leurs ondulations
en haut du Mur
par dessus des antennes oscillent
dans un silence entier se balance
aussi une petite fille couronnée au balcon
On a jeté sans respect des ombres à même le sol
elles ont dégouliné
jusqu'en bas
et soudain j'ai un sanglot suffoqué

l'écho grave d'une voix basse
emplit infiniment les poussières
la fillette couronnée pendule éternellement
les armatures de fer
les grands batons de bois désolés
cherchent à créer une ombre digne

les fils leurs sont tendus
comme les fils absurdes des anciennes machines à communication

la poussière et le sable ne
parviennent pas à absorber les
ombres longues qui furent jeté
( elles atteignent à présent le confort du feuillage )

Tout a été, sauf le vent,
silence et espaces
terres désolation poussière débris

Un gamin en courant, en poussant sa petite soeur dans sa poussette à une vitesse folle est venu jusqu'à moi, le visage sérieux comme si il accomplissait un acte de la plus fondamentale importance. Puis rageusement, il a fait demi-tour, il a dégagé les roues un peu enlisées dans la poussière et il est reparti.
Alors sont apparus des gens; des tas de gens. Ils se sont assis, ils se sont tapés sur l'épaule, ils ont regardé, attendu, ils se sont levé, le vent souffle, un oiseau pépie, quelque part une musique gronde ( ça vient de l'invisible maison )
Et les oiseaux se crochent sur les fils
et les font naitre

Une colombe au nuage irisé,
diapré,
semble grotesque avec ses balancements lourds, le cou battant
et elle mange de la poussière.

( je suis distrait )

Un enfant chante des chansons hassidiques
son petit frère à la main
et se déchire l'âme dans des aspirations
le petit, interressé, observe ses sandales
qui battent rythmiquement la poussière

et les ombres dans la poussière
presque se sont fondues dans la grande Ombre
Deux très jeunes filles
( dix douze ans )
passent en se murmurant des confidences
l'enfant chanteur revient toujours chantant
la plus jeune des deux filles
se cache derrière le mur et
Ouu ! dit-elle
et le tout petit se pâme de joie
l'enfant chanteur n'a pas eu peur

Et les ombres se sont unies
où les deux femmes viennent s'asseoir
Sur le Mur, la ligne entre l'ombre et la lumière
montée de un ou deux mètres
partage le Visage Débonnaire

Les mouches, les moineaux, les passants, lse hommes, les feuilles, les feuilles mortes ont beaucoup bougé et puis après avoir beaucoup bougé, elles bougent encore quelques fleurs, ailes, jupes,
dans les essaims de pioupiou
entre les fourrés d'herbe
s'avancent en rang, s'évaporent,
se taisent et s'immobilisent
mais le vent s'éveille
et là, sur le Mur
l'ombre a atteint les sourcils dubitatifs de
la face facettée et grumeleuse du grand visage

Tout s'est déjà noyé dans l'ombre grise, marine,
normande,
la douceur des piquets de bois
et de fer, marine, brume,
mi-hauteur de carnée blonde et beige
et le Grand Visage sur le Mur se prépare au sommeil

La torpeur du jour, le repos du hamzin
le soir doucement glissant sur le toboggan de cette
journée de fin d'été
dissous les reliefs, dessine des allusions
des personnages longilignes
par dessus les palmes
et le regard ainsi s'élève
un  peu fatigué de n'avoir où se poser
de n'avoir pas, au moins,
une ou deux occasions de se fixer

L'heure de la synagogue ?

On me salue
hilonim et datiim
bonjour bonjour
on me parle des gens qui habitent là
ceux-ci sont ainsi
ceux-ci sont comme ça
je parle aussi, surprise !
la parole soudain me somme d'exister

une dernière goutte de lumière
danse tachant encore dans un des angles de la céramique du Mur

Mais tout le soleil et tout le jour
se sont réfugiés dans les ramures de l'arbre au-dessus
le vent me l'avait dit
investi de gyroscopes
de gouttes de lumière
une vraie gloire une apothéose vivante de relief
et de distances rapides
oui, seul là maintenant le soleil est façonné

je voulais parler aussi de la ligne du sommet du Mur
des petits bouquets de plante s'y sont roulés
certains sont translucides et légers
un chaton s'est mis à l'angle
Le soleil gagne les étages supérieurs des branchages
peu à peu s'élève la vision vers le ciel bleu
le ciel bleu rosit
le ciel bleu se cuivre

Retour de la synagogue ?

l'enfant chanteur ( son frère ) s'est accroupi dans
la poussière, il suce
son pouce,
il s'est assis,
il regarde, fatigué, le monde.

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même du grand arbre par là haut
et le manque de cigarettes
et les rires troublants qui surgissent
d'à-droite l'invisible maison
lorsque le soleil s'est évaporé aussi
non seulement des palmes aristocratiques
mais aussi: se dissout lentement dans le ciel
à tous les horizons les teintes
et quand le regard flotte comme
un bouchon entre toutes les dimensions
Même de là le soleil s'en est allé,
l'Ombre aussi a disparu
montée dans l'éponge de l'air
retenue entre les murs
et sur le sol serpentent à présent les cailloux et les pierres



[hilonim: non-religieux; datim: religieux; hamsin: vent très sec et très chaud chargé de sables du désert ; je m'étais assis à cette place, et noté tout quelques heures de l'après-midi - au "motif" ]





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