samedi 2 novembre 2013

je réclame la pensée qui










je réclame
la pensée qui
ne soit pas la réaction chimique
car la pensée est la
petite chaleur
de la thermodynamique du corps
pourri de l'europe
je réclame la parole
à l'angle extrême du feu
de la gencive
porter la pierre qu'on jette
à l'intérieur de soi
je réclame qu'on parle
d'autre chose que
des momies
des tumulus de savoir
décomposé pourri et
parfumé
casser tous les miroirs de votre
reflec flec flec tion
car je sais que la parole
est une masse
rotatoire
qui sort du trou de ma trachée
pour en finir avec l'oeil dans l'oeil
l'image des télés
je réclame une pensée parole
qui ravage une fois pour toute
la mauvaise conscience de la beauté
et la conscience tout court
je réclame
qu'on fasse feu et rage des clôtures
où la peur moisit
qu'on fasse feu et rage des clôtures
où la peur moisit
qu'on détruise et qu'on ravage
toutes les idées qu'on a pensé
depuis l'origine de la mémoire
à commencer par l'articulation de la logique
les particules
les enchaînements
ensuite qu'on fracasse
les causes
le désir
le bien le mal
la justice et l'injustice
pour en finir
avec les châteaux mausolées de l'âme
pour penser avec la peur au ventre
de la pierre
pour en finir avec l'imbécilité de la raison
et des explications minables
avec les politiciens
aussi bien que
la coquetterie des manifestants
devant les miroirs des caméras
de la télévision

pour qu'on en fasse de la pensée
européenne
c'est à dire
de la pensée après coup
de la pensée arqueboutée contre la peur
contre la guerre
je réclame de briser les catégories
car
mon temps
n'est pas dedans
de votre société de faits connus
de merde
votre société d'archives
de pharaons
de tombes de 1000 vies
mon temps n'est pas là
je n'ai pas le temps de
suinter-ensemble
de la pensée qui s'ajuste
à l'articulation
je réclame je réclame
glapir




(dernière modif electronique: 2002 )









2 commentaires:

  1. Très en empathie avec ta révolte, et le texte qui en sort chez toi est superbe de force. Je me demande pourquoi, éprouvant les mêmes choses, je n'ai pas envie de m'exprimer là-dessus, c'est mystérieux, peut-être parce que depuis toujours j'aime me cacher.
    Peut-être aussi parce que je suis dans une autre recherche, celle qui est plus "bas", à cet endroit qui sort de la condition sociale et politique pour entrer dans ce qui est commun à nous tous, que j'essaie de joindre. J'y trouve souvent, j'avoue, mes sentiments d'amour et d'affection, mais pas seulement.
    Sinon, oui, le même genre de sentiment que je lis dans ton texte (peut-être à tort, je ne sais pas) me conduisent, par contre, à revoir radicalement mon mode de vie. En particulier dans les "enchaînements" (dans les deux sens) dont tu parles : j'essaie de les éviter, et j'essaie aussi de ne pas entrer dans un cycle de causes-effets. Par exemple, je ne veux pas agir si c'est pour compenser la bêtise d'une action politique inique et ancienne, qui a attisé les haines et les injustices. Je voudrais, par contre, reconstruire, oui.

    Pardon si ça fait trop "pensée toute seule", n'hésite pas à supprimer si ça te gonfle.

    isa

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  2. Ca ne me gonfle pas. Tu es la bienvenue, voyons ! ( Comme chacun d'ailleurs ).

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