dimanche 20 octobre 2013

J'entrais dans cette ville simplement [ pour TC3 ]








J'entrai dans cette ville simplement.
Par la grande Croix liquide du Canal sur le fleuve; blanc.
Poussant mon griffon génial dont,
précise comme cause et effet
la parole autour des moyeux ensoleillés tournoit.

Traversent des pierres précieuses traversent liquides parfois le voyageur,
cliquetants, ricochants, mais ce n'est pas extase,


juste une fatigue. 
                          Qui va là ?
Mon vélo altier me trainera derrière lui,
ma sénestre, serre arthritique, crochée à la volute avant,
dextre contractrurée, gerboise agonisante sur le cuir, le fauve,
tintinabulant, moi, d'épaules torses pour le servir et protéger:
ah ben, fit-il inexpugnable, cogne les-toi, tes tibias,
ton salaire pour me mener !

 
OK. Entre, entre dans ce mirage —
OK. Je suis le désir d'une voix suspendue
au duvet d'un milan de sons,
scintillant dans le corridor entre la colline et la basse-eau,
celle qui par en-dessous méandrait, à la perpendiculaire de notre pont: 


ici, l'espace est - des pages d'un livre,
toutes se délieraient et planeraient
comme des bales de coton fraichement ramassées à la saison
d'un printemps si frais qu'il tête encore son pouce
alors même que platines, ponts, rouages, ressors, tiges,
sont prêts, emplis de ses reins érotiques,
ainsi j'allais entre l'eau et le gouffre, prêt au combat,
l'étreinte sauvage de n'importe quel devenir,
et de fait, au bout de ce chemin,
à moi ils sont venus ou moi à eux - qui pourrait dire ?
les avenirs possibles les improbables graals,
les membres les cuisses les nus les mous oh tout
venus comme vient la lumière à travers les trous
régulièrement alignés d'une cloison opaque.

 
J'entre donc dans un ballon gonflé de vent
ou, pour le dire autrement, car je peine à trouver
ici l'image la plus juste, comme par un chemin utérin
débouchant sur une arêne de sables éclatants,
encore mouillé du sang des forts fauves guerriers,
mon crâne, ma cervelle de
monde, ma
mosaïque anamorphique, lanterne ornée
de figures colbalt, figures vermillons et tas d'autres
enfantant leurs propres structures métamériques,
transmigrantes l'une chacune l'autre, balbutiantes,
cellules aux premiers stades de l'embryogenèse
confuse et martiale et


des familles dominicales glissaient à ma rencontre
sans un oeil pour mon vélo chargé:
il a fallu clopiner, trop près du bord,
là où l'eau, rubannée et lumineuse, nous attirait
- au destin point trop enviable, pourtant désirable -
d'une Ophélie: cette fatigue ! le vent,
toute la journée, la voix un peu chatte au téléphone
de mon hotesse inconnue,
les paroles morcelées des silhouettes emfamillées
qui marchaient à rebours,
l'eau sur le pont, l'eau sous le pont,
les ilots de caillasses blanchies en bas,
où j'envisageais parfois clairement qu'un avenir
pour moi s'y initiait sous la tente le temps d'une nuit
et son réveil, tu sais, dans une aube
plus claire qu'un sourire amoureux --
au ras des eaux vivaces des dos des truites fantômes,
mais pas un regard ni de surprise ni de question -
c'est transparent que j'étais,
résident des échos ou bien écho moi-même.

Qui va là ? Où suis-je me suis-je murmuré
afin d'accorder ma parole à mes sens,
puis je me suis repris et j'ai, du regard au moins,
insulté copieusement tous ces gens
qui s'obstinaient à ne pas me voir,
au risque, bien réel, de me faire tomber dans le canal,
et j'ai poursuivi, aussi vite que le permettait
la foule des devisants vers l'autre côté du pont
au plus-vite. 

                    Malgré la peur
il nous faut - traverser:
comme les cheminantes icônes
trépassent, réssuscitent sur les billets de banque -
par la broche à son genou, l'estropié rendu timide
devant l'aveugle qui va touchant le monde de sa baguette de chef -

et remonte, et feuilleté, mon temps,
dans le givre, fleur de cette autre Banquise
qui blanche sa cornée: c'est quoi ? Tu entends ?
Ces rideaux qu'on maçonne —
Chut — oh ce temps, ce temps,
faon de fer bondissant, gémissant - c'est l'automne.
Mais les lèvres malgré elles façonnent sans cesse les prénoms,
il faut bien traverser — oh suffit ! j'ai mon plein... va ! 
la buée est dénudée — les feuilles sont pressées —
alarmes en neige doucement...
Les bornes du monde vibraient à la circonférence de ma vision,
sauf la colline, à droite: vergers, murets bleus,
et j'ai vu fumer la cheminée d'une charmante maisonnette. 






3 commentaires:

  1. quelques problèmes ( entre autres ) de mise en page

    RépondreSupprimer
  2. J'ai aimé....l'humour éclatant, la peur, la langue magique et belle, presque déstructurée par endroits.

    RépondreSupprimer