jeudi 11 juillet 2013

Et à la fin,



(...)



Et à la fin,
tu as la forme de la vision:
au bout du pont
de loin mes lèvres encore emplissent

à toi. Tu
attends pour traverser:
tes épaules sont fines que la pluie.
Là où tu n'es plus --
là: oui, exactement
tu es.


***


et à la fin,
que l'épais-d'argile vire claire eau,
et l'étonnement ne me permit pas
de discerner si marcher en était plus aisé ou rude,
comme en rêve en rêve tu as dit:
" mais qu'est-ce, le visage, Michel,
le visage d'une femme aimée ?"

C'était l'instant, c'était le rêve,
que l'épais, de boue, qui fait le chemin,
que les branches y sont basses et chargées !
vire à l'eau, l'eau en air, et puis l'air même lumière,
et tout fuirait loin plus encore, plus fin, cire ou éther,
si je ne sais quelle crainte salutaire n'avait retenu
la crainte-martinet, le chemin entre ses berges
vertes, celle de gauche, celle de droite:
de celle-là, je vis bien qu'un autre talus plus loin la bordait
d'une assymptote fidèle.

Toute pensée métaphorique aussitôt s'enfuit
du lieu où je l'avais entendu:
comme d'un linge trop épais pour être à pleines mains en une seule fois [essoré,
on en prend ce qu'on peut,
torsade fortement, l'eau
jaillit blanche, chainons de reflets
vite qui ne reviendront pas,
de ce même endroit cordé
où s'échancre vers le bas la poitrine,
s'est enfui et cette voix et sa question.

Il est donc des visages dont toutes les questions
n'étouffent pas son ombre: sa voix m'a saisi nu...
Comme on déplace une ombre en bougeant une lumière,
j'ai vu, en esprit, se composer une image:
un de ces dessins composé de lignes complexes et régulières:
lorsqu'on parvient, les yeux divergeant légèrement,
à le regarder comme au delà de lui sans le quitter des yeux,
alors aussi claire que la première, faite des même traits,
d'un coup une autre figure y nait ---

(...)


***



Et à la fin c'est un beau monde
la mémoire le pilote

où l'eau souvenant une racine
plus fugacement trempée
dans une maille tatouée de podzol
pesue d'le poids d'une étoile

où le ciel brèche vierge
s'est déplissé
à savoir le ciel brèche vierge
s'est déplissé
le ciel à mémoire de formes a restauré
le miroir

le plus commun
au fond duquel l'oubli lui-même demeure
ou se donne en argent

où l'araignée a élu domicile
où le chevreuil d'hier
dansait la gigue sur la luzerne
et la chicorée le surplombe

t'as quoi-tu, Presure,
foulé, défoulé, refoulé, floué, afflué, renfloué,
dis, Chabernawak, porte-corne mafflu des verjus,
la litière grouille de pupuces attelants tes charriots,
l'étoile califourche ta noix,
dis, ma burne, dis dis dis, où c'que tu vas, brailleur ?

où le ciel brèche vierge





***



 "à peau perdue dans l'espace humain"
( de moi, il y a longtemps... )



Par la boue d'amont,
aux huiles tressées,
et l'océan reflue !

Les ouvriers ont démantelé,
poutrelle à poutrelle,
par barges et marées,
quoi ? sur l'eau mouillée,
l'ouvrage orfèvré d'air,
d'acier.

Dans l'ombre entière du tablier,
Peter Pans alourdis de poils-de-barbes
ou de plis maghrébins, vêtus de vignes lubriques ---
Auprès, à la terrasse,
les cuisses champignonnent, dramatiques.
Les talons enfoncés dans des osiers plastique,
les femmes ont des regards vers les bras ouvriers.

... et c'est peut-être ? une pensée ?
l'arithmétique d'une psychologie
à l'empreinte impensée ?

Clous acéphales et paisibles,
les piles d'un âge d'or ---
herbes et rouilles et gravats, et une mouette --
y font, refont, les fongiques favelas.

Hourra, hourra, trois fois,
quadruple hourra !
Vive mon temps --
c'est l'heure magique.

Arlequin, bleu de bleu !
double --
échappé bleu d'une fleur de chicorée,
Arlequin, bleu banderille,
mon père !

Il prononce: " et à la fin, Colombette,
mon sel, mon olive, Colombine, ma colombe,
mais quelle fin ? "



(...)