lundi 24 juin 2013

Le dit-pierreux,

(...)



Le dit-pierreux,
rapide de ses sacoches de failles,
mon temps amoureux de mon temps,
transi, peu reprochable...
soufflait des baisers vers la figure tranchée de sa femme,
si bien que nous les avons vu, oh !
avec son reflet d'homme dans les facettes de la fenêtre,
les cheveux, sa crinière, mon temps,
où défilaient des ilots de futaies hautes,
cerclées d'une étoffe
qu'on ne peut oublier volontiers.

Verte verte verte sifflait la forêt
jaune jaune mourrait le prince-phoenix:
c'est pour éviter éviter une fléche
que je suis tombé là.

Ce banquier, ah la la, comme il prenait bien son temps !
( puisque ce n'est pas le sien, ma foi -- )
observant à trois ou quatre centimètres
de son nez personnel quiet
grandir, grandir, grandir l'épluchure du crayon qu'il taillait à l'acier,
serrant les phalanges poilues d'une main molle,
haute la tête, bas le menton.
Patience ! chutent et tombent à la fin
le bois et la graphite,
et presque, 
dans le trot des dés sobres sur le bureau d'acier,
il m'a semblé entendre
un oiseau disant ce qu'un oiseau disant ce que dit un oiseau,
mon temps amoureux de mon temps,
ses violences, ses hasards, nos destinées, nos feux.

Il est possible que je meurs
là, seul, par la ruée forestière,
piétiné sous le troupeau des hommes affolés,
puisque chacun meurt seul. C'est possible, oui:
me voici, là, ma face à une largeur de paume
de la terre parfaite: or tout
pour moi est maintenant parole
dans le temps sans pesée.
Or puisqu'il en est ainsi,
comment serais-je seul ?
Or, or des ors, un oiseau !
il s'obstine à choisir l'avant dernière-branche,
la fourche la plus bougée: c'est là qu'il perchera...
celle-ci ! et c'est comme ça ! un oiseau ! bouger !
un oiseau ! un oiseau !



(...)